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ANÉMONE de Ronan Day-Lewis

  • Photo du rédacteur: Raphaël Chadha
    Raphaël Chadha
  • 23 mars
  • 2 min de lecture

LE MOT : IMPROVISATION

Anémone est le premier film de Ronan Day-Lewis, fils du grand et (jusqu’à présent) retraité Daniel Day-Lewis. Ce dernier coécrit le film et incarne le protagoniste principal : Ray. 

 

Alors que Ray vit seul dans la forêt, son frère Sean, incarné par Jem Stocker, le rejoint dans son abri. Il tente de le convaincre de revenir vivre en famille.

 

Le titre Anémone a été choisi en référence à la plante, bien sûr, mais également en référence au nom d'une musique aimée par le réalisateur. La nature face à la bande sonore, voilà respectivement, le positif et le négatif du film.

 

La nature. Elle est saisissante, par son calme comme par sa violence. Ronan Day-Lewis la respecte et de ce fait, il la filme bien. Il a fait le choix d’adapter son scénario et ses scènes aux événements climatiques survenus pendant le tournage.

On est tentés de citer l’excellent La Fleur de Buriti de Renée Nader Messora et Joao Salaviza (2023), qui suivait une peuplade dans la forêt amazonienne et qui exploitait cette liaison entre cinéma et nature.

 

Toutes les bonnes choses ont une fin, surtout quand il s’agit d’un film. Cette fin, c’est la musique. Elle est excessive, bruyante et donc dérangeante. Elle participe à la stylisation de l’image, elle comble le silence qui pourrait paraître long pour le spectateur. Finalement, c’est encore plus long avec la musique.

 

Nous avons parlé d’une image stylisée, détaillons notre propos. Le long-métrage marche par petits bouts, extraits qui s'emboîtent (mal) les uns avec les autres. Cela fonctionne pour une bande annonce mais sur un format développé et complet, c’est éreintant. 

Ce procédé assez illogique est sûrement dû au fait que Ronan Day-Lewis est peintre et que pour lui, une image doit être la force d’un instant, elle doit atteindre le paroxysme de la beauté. Seulement, une peinture, la plupart du temps, présente un récit, on pense notamment à Jacques-Louis David et ses représentations artistiques autant qu’historiques.

Nous n’avons rien contre la beauté, au contraire, nous trouvons cela beau mais nous ne sommes pas contre un peu de profondeur, de perspective-artistique.

 

Ici, le silence est masqué autant qu’il masque le creux scénaristique.

À la fin d’une des projections, Daniel Day-Lewis a dit : « on a énormément improvisé ». L’improvisation est à double tranchant. Elle peut être pertinente pour un portrait documentaire, et permettre de se rapprocher de la vérité en filmant ce qui advient, comme capter les mouvements de la forêt. Elle peut inversement masquer un manque scénaristique. On ne peut pas inventer une relation au travers de dialogues créés sur le tas.

 

On est d’autant plus déçus que Daniel Day-Lewis était aussi à l’écriture (et à l’interprétation) de Phantom Thread (2017) de Paul Thomas Anderson, film complexe, recherché et particulièrement envoûtant.

 

Enfin, les images ne sont pas seulement des images, elles dessinent des destins qui traversent les siècles, que nos enfants raconteront aux leurs. Alors, à contre-courant d’Anémone, essayons d’écrire de petites histoires qui marqueront la grande.


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