CAHIER CRITIQUE - FESTIVAL CINÉMA DU RÉEL 2026
- La Rédaction
- il y a 21 heures
- 17 min de lecture

Nous avons eu la chance de couvrir le 48ème Festival International du film documentaire - Cinéma du Réel 2026. Voici nos retours sur les films que nous avons pu voir.
Compétition :
AND IF THE BODY de Toby Lee
Le mot : Mouvement
Le texte : Des patients aux corps empêchés retrouvent, l’espace d’un instant, des sensations qu’ils n’avaient plus ressenties depuis longtemps. C’est grâce à la technologie et à la réalité virtuelle que l’humain parvient à reconnecter avec lui-même. Est-elle toujours aussi virtuelle alors qu’elle permet de déclencher des émotions et de rendre au corps sa liberté ? C’est cette question que pose le film “Et si le corps” de Toby Lee. Une hypothèse à l’aspect bien scientifique posée dès le début du court-métrage qui nous amène à réfléchir sur la place de ces nouvelles technologies dans nos vies. Les machines et le virtuel offrent aux patients un cadeau unique : l’espoir et le soulagement. Et c’est à ce moment que la science devient magique car elle donne l’illusion aux patients que leurs corps ne souffrent plus. - Alessia Paris
Le mot : Renaissance
Le texte : Entre la science et l’art, le film propose une multitude de portraits, personnels et touchants, de personnes brisées qui réapprennent à marcher. A travers les câbles et les machines, on retrouve l’humain et les sensations. Une vraie incursion dans le monde de la recherche et de la façon dont la technologie peut faire réapparaître les sensations, les émotions, une forme d’humanité. - Ruben Mariage
CASTING FOR A FILM de Lamia Joreige
Le mot : Actualité
Le texte : À Beyrouth, des acteurs et actrices libanaises et palestiniennes travaillent un texte pour un film à venir : le journal d’Ihsan Hasan al-Turjman, jeune soldat ottoman de Jérusalem écrit en 1915. La personne derrière la caméra demande aux acteurs et actrices d’expliquer avec leur mot le texte qu’ils viennent de lire. Elle essaye d’effacer les barrières qu’il pourrait y avoir entre eux et le texte. Elle cherche une parole libre et non dite. L’enchaînement des comédiens et des comédiennes qui ont tous des mots différents pour exprimer leur émotions face à ce texte est désarmant de justesse. Le journal d’Ishan Hasan al-Turjman est toujours d’actualité et nous rappelle que l’histoire ne cesse de se répéter. - Alessia Paris
Le mot : Débloquer
Le texte : Ce film est issu du processus de création de son long-métrage Uncertain Time, tourné entre le Liban, la Syrie et la Palestine, et s’inspire d’un texte publié en 2015, relatant le témoignage d’un soldat de l’armée ottomane. Le récit est parfois inégal, mais demeure profondément intéressant. Le dispositif repose sur un casting : donner la parole à des comédiens à travers les mots pacifistes d’un soldat ottoman à la veille de la Première Guerre mondiale. À travers ce texte, Lamia fait émerger des échanges avec de jeunes palestiniennes et palestiniens déplacés ou réfugiés. Leur prise de parole s’impose comme une évidence tant leurs mots résonnent avec force. La réalité du terrain, exprimée avec sincérité, vient nourrir leur jeu, qui se transforme au fil de leur appropriation du texte. Peu à peu, la discussion se mêle au casting et enrichit le scénario initial, lui donnant une portée supplémentaire. À plus de cent ans d’écart, les mots et les pensées trouvent un écho troublant, rappelant que les drames vécus par les populations palestinienne, syrienne ou libyenne s’inscrivent dans une longue histoire. Le film est traversé par une forte charge émotionnelle, mais aussi par une forme d’espoir et de sagesse. Dans la parole de ces jeunes adultes venus passer un casting, se dessinent des récits de vie, des fragments d’humanité. L’art devient alors un prétexte … Celui de faire émerger ce qui nous relie. - Ruben Mariage
LOCAL SENSATIONS de Tulapop Saenjaroen
Le mot : Désagréable
Le texte : Un vrai film expérimental. Sur une école d’architecture et sa philosophie avant-gardiste, en Thaïlande. Un film qu’on montre dans une exposition. L’intention prime sur le résultat. À force de le visionner, on essaie de chercher le sens ; chercher des éléments. Mais on est privé d’explications ou de fil rouge. Ce qui n’est pas dérangeant en soi : c’est aussi le but du cinéma que d’explorer des zones inconnues. Mais innover / révolutionner, c’est comme faire une promesse : on est attendu au tournant. Parce que le cinéma expérimental, depuis quelques années, en a fait du chemin. C’était cool dans les années 70, mais aujourd’hui ?
Le film innove au début, puis finit par se répéter… Répéter des clichés vus et revus. Des images en noir et blanc, des sons dissonants et désagréables, un montage aléatoire et sans continuité.On souligne le travail technique de qualité, un son propre et une certaine esthétique, mais à la fin, que reste-t-il ? Des questions, pas forcément passionnantes. - Ruben Mariage
Le mot : Bruyant
Le texte : Ce film m’a sonné. Je n’ai pas compris l’intérêt de soulever autant de sujet dans un temps aussi court. Tous les sons qu’on entend sont chaotiques et n’ont aucun lien avec le propos du film. Pour moi il s’apparente à ce qu’on attend d’un film expérimental. Mais c'est difficile de suivre le fond du film, car la forme prend trop le dessus. - Alessia Paris
LONDON de Sebastian Brameshuber
Le mot : Covoiturage
Le texte : London, de Sebastian Brameshuber, est un film autrichien conceptuel, une virée en voiture avec des inconnus. Un ôde à la rencontre et un pincement pour tous celles et ceux qui ont déjà utilisé le stop ou le covoiturage. Bobby étant le fil rouge entre tous ses profils, permettant au spectateur de relier les chemins de pensées et les histoires de vies. Dans une posture douce, attentive, parfois muette, qui laisse la place au personnage, et au spectateur, d’apprécier la portée des discours. C’est un film avec un rythme lent, mais pas forcément long, où on peut apprécier une forme de décélération. Comme dans un covoiturage : quitte à être enfermé dans une voiture pendant 3 heures, autant en profiter pour échanger. Le temps se suspend et on se surprend à parler de tout et de rien avec des inconnus qu’on ne croisera peut être plus jamais. Mais se pose la question du dispositif, car ces scènes de voitures sont tournées en studio ! Avec des personnes réelles, certes, mais mené par un script. Où se pose donc la limite du film documentaire et quand bascule t-il dans la fiction ? - Ruben Mariage
Le mot : Direction
Le texte : Au commencement du film de de Sebastian Brameshuber, nous ne saurions dire avec exactitude le style cinématographique. Dans le forme on pourrait croire que c’est un documentaire mais on sent que la caméra est tellement bien préparée que l’hypothèse du documentaire ne tient pas la route. Route qu’emprunte Bobby pour rendre visite à son ami à l’hôpital à Salzbourg et qu’il décide de partager avec des inconnus. Les discussions avec ces passagers s’alternent entre anecdotes de vie complètement banales et très personnelles. Grâce à ces successions d’histoires, Bobby se rend compte qu’il n’y a pas qu’une route qui mène à Salzbourg. - Alessia Paris
THE LONGEST NIGHT de Phuong Thao Nguyen
Le mot : Rêve
Le texte : On ne saurait dire si cet enfant qui semble dormir paisiblement en plein milieu d’une tempête. Pendant ces 7 minutes nous ne savons pas où nous nous trouvons. Et ce que nous sommes en train de regarder. L’enfant dort-il ? Le typhon est-il si proche ? 7 minutes de questions. - Alessia Paris
LOOKING AT YOU LOOKING AT ME de Max Bowens
Le mot : Attention
Le texte : Ce film nous fait entrer brutalement dans le quotidien de Nathalie, dont le fils, Clovis, a perdu la parole à ses 2 ans. Elle essaye de trouver de la réciprocité avec son fils en lui donnant une caméra. Comme si elle lui demandait de lui montrer ce qu’il voyait. L’aspect chaotique de la vie de Nathalie défendu dans le film, que ce soit dans le fond et la forme, le rend difficile à suivre par moment. L’objectif du réalisateur Max Bowens était clairement de faire ressentir au spectateur ce que traverse cette mère, débordée par l’autisme de son fils. Le côté répétitif des extraits de dessins animés ou des extraits vidéos que regarde Clovis en boucle avec un son au maximum nous sonne un peu. Le film reste très intéressant mais nous assomme un peu.
Le + de l’après séance :
Frustré de n’avoir pas eu un film au niveau du sujet et à la fois peiné de ce désaveu pour le réalisateur n’ait qui n’a peut-être pas pu, ou su, aller jusqu’au bout de la démarche du film.
Qu’est-ce que le concept dans la création d’un film ?
Nathalie et Max Bowens se sont rencontrés d'amis communs et Max a été touché par le travail de cette chercheuse, rentrant dans l’intimité de la famille pour venir y capturer des moments de vies.
Une rencontre de l’expérimental, une œuvre numérique sur un travail numérique de base. Le film travaille sur des archives datant de 30 ans, la chercheuse ayant documenté son travail avec son fils depuis ses deux ans, le moment où il a cessé de parler. « Rentrer dans le système comme agent actif ». L’intention est claire mais le film reste un essai. « 5 ans pour faire le film » trop retravailler ? Où se posent les questions du travail ? Du numérique ? De la médecine ? De l’autisme ?
Nathalie : « Je suis pas sûr que le film puisse faire comprendre la démarche sinon suit à moins de l’avoir vécu. Ce qui ressort du film a l’air d’un chaos tellement difficile qu’on a de la peine à comprendre. »
Frustré de n’avoir pas eu un film au niveau du sujet et à la fois peiné de ce désaveu pour le réalisateur n’ait qui n’a peut-être pas pu, ou su, aller jusqu’au bout de la démarche du film.
MARIA A PIEDI NUDI de Rebecca Digne
Le mot : Transition
Le texte : J’ai trouvé ce film extraordinairement honnête. La réalisatrice Rebecca Digne suit pendant plusieurs années la petite Maria alors qu’elle doit déménager. On assiste donc au premier saut vers l‘inconnu de Maria alors âgée de 8 ans, habituée à vivre dans sa grande maison en plein milieu de la Toscane avec ses animaux et ses parents. Suite à la nouvelle, on la voit se questionner, avoir peur, ne pas avoir envie de partir... Elle se demande quelle est sa place dans cette dynamique familiale et dans la vie. Où est-ce qu’on se sent vraiment chez soi ? La réalisatrice a réussi un tour de maître : elle a filmé l’innocence et l’impact d’une décision sur la construction d’un enfant. C’est là la force du film. On voit Maria grandir sous nos yeux sans aucun filtre. La caméra se positionne toujours au niveau de Maria, les adultes sont donc souvent coupés car ils dépassent du cadre. On ne les voit entièrement que quand ils se baissent au niveau de la petite Maria. Puis la réalisatrice offre à Maria une caméra pour qu’elle puisse filmer ce qu’elle veut suite à l’annonce du déménagement. Maria prend donc possession du récit. Elle décide de ce qui va être montré d’elle. Ce film est tout simplement sincère et il nous ramène à notre propre innocence. - Alessia Paris
THE NIGHTSEEKERS de Kavich Neang
Le mot : À vif
Le texte : Suite d’un portrait tourné une dizaine d’années plus tôt, dans une cité blanche en Thaïlande. Le film suit un petit groupe de jeunes danseurs dans leur quotidien : leurs déplacements, leurs répétitions et les spectacles qu’ils donnent la nuit pour financer leur école. Les séquences s’enchaînent et laissent apparaître une histoire au compte-gouttes. Caméscope à la main, le réalisateur capte des fragments de vie sans toujours les développer. Peu à peu, une réalité plus dure se dévoile : des enfants battus, une mère dépassée. Le film s’arrête presque abruptement, laissant davantage une collection de moments qu’un récit véritablement construit. Présenté comme un épisode d’une trilogie, l’ensemble reste étrange, parfois décousu, capturant des instants sans réellement construire une narration. Les intentions peinent à se clarifier, et l’on en ressort avec le sentiment de ne pas avoir pleinement saisi le propos. Difficile, dès lors, de porter un jugement sans avoir accès au reste du projet.
ONE EQUAL LIGHT de Maïder Fortuné, Annie MacDonell
Le mot : Survivance
Le texte : Avec One Equal Light, Annie MacDonell et Maïder Fortuné ne se contentent pas de filmer l’éclipse ou d’en faire le sujet de leur film : elles en épousent littéralement la loi. Sous leur regard de cinéastes-plasticiennes acquises aux potentialités de l’expérimentation audiovisuelle, le phénomène céleste cesse d’être un événement pour se faire l’expression cosmique d’une poétique du retrait ; d’une allégorie métaphysique de l’absence où révolutions astrales et terrestres semblent se correspondre et se refléter mutuellement, dans un jeu de réciprocité subtil…
À la communauté silencieuse des regards tournés vers le ciel répond le portrait posthume (mais parlant) de John Donne, prédicateur et poète métaphysique anglais ayant rendu l’âme sous le règne des Stuart, en 1631 — après s’être par deux fois relevé de son lit de mort : d’abord pour livrer, trois heures durant, le spectacle saisissant d’un cadavre prononçant sa propre oraison funèbre, puis pour offrir à la postérité, solennellement drapé dans son linceul, la pose singulière d’un transi debout.
L’homme, éminent éclaireur de son siècle, chantre exalté de la survivance et d’une spiritualité charnelle qui trouve dans la fusion des corps l’accomplissement de sa voie, devient cette figure altière et mystérieuse dont la parole suavement incantatoire innerve le film à la manière d’une basse continue : chez lui comme en notre bas monde, la disparition n’est jamais pure négation, mais seuil, passage, cristallisation révélatrice des sens et du Sensible.
L’éclipse, pour sa part, apparaît comme la métaphore la plus juste que l’on puisse formuler de la création elle-même : à l’instar de toute représentation littéraire, et de l’image — dont le caractère intrinsèquement spectral est connu —, elle ne révèle qu’en voilant, et ne rend accessible ou supportable sa lumière qu’à l’extrême limite de son interruption.
Le film, admirablement, donne à comprendre et reconnaître que l’ombre n’est pas l’obscur : elle découpe, rehausse, donne à la forme, même dissimulée, sa nécessité de poindre par contours au moment même où le centre se retire… Le visible ne s’y livre jamais avec autant d’éclat qu’au bord de son effacement — et cette règle s’applique aussi bien à la grande peinture qu’à l’art photographique ou cinématographique pleinement conscient de ses enjeux.
En cela, l’œuvre rejoint à la fois la tension baroque de la théologie mystique de John Donne, les suspensions poétiques d’Emily Dickinson et les plus hautes pensées de la ruine, que Walter Benjamin — cet irremplaçable théoricien de la modernité mélancolique — lisait comme l’image absolue d’une civilisation blessée, défaite, fragmentée, où le sens n’apparaît plus en tant que totalité, mais sous forme de débris temporel, de trace ou d’empreinte survivante…
Faire et défaire le monde, d’un même mouvement — perpétuel — de création et d’abolition, de naissance et d’anéantissement : telle semble être la doctrine secrète de ce film étrange et déroutant, où l’éclipse ne figure pas seulement l’occultation d’une lumière bienfaitrice, mais la condition même de la manifestation du Vivant aussi bien que de l’Art — toujours pris dans une oscillation complexe entre apparition et voilement, épiphanie et dérobement, surgissement et disparition. L’astre majeur obscurci, devenu ce soleil noir de la mélancolie romantique dont la fixité, paradoxalement mouvante, évoque la pupille d’un œil céleste et solitaire ; la dépouille réinterprétée de Donne en majesté, dressée dans son linceul ; la foule amassée sous le ciel soudain apocalyptique d’un printemps comme les autres : tout, ici, compose une iconographie protéiforme de la résurrection de l’Être ou de la permanence du Verbe — une esthétique de la présence blessée mais victorieuse de ses plaies, renée d’elle-même et restaurée dans sa grâce.
C’est peut-être en cela que One Equal Light touche si justement notre époque : l’éclipse s’y fait le symbole, ou l’allusion métaphorique de l’enténèbrement de nos sociétés divisées — gagnées par l’obscurantisme séculier des identitarismes résurgents, l’obsession égoïste de la césure sécuritaire et la hantise de l’Autre —, autant que la promesse fragile d’un regain d’éclairement commun, non plus total mais diffus, persistant, fantomatique, dont l’écho poursuit discrètement le spectateur après la fin du film…
Nous l’aurons compris : loin de s’attacher à décrire un prodige naturel, l’œuvre fait du cinéma le théâtre-témoin d’une pensée de l’absence — et de cette absence non seulement le lieu privilégié, mais la seule forme encore possible d’une présence réparatrice dont l’attente du retour, au plus profond de la nuit, rassemble par le numineux ce que le désenchantement de l’ordinaire avait désuni. - David-Alessandro Nigris
RELICTO de Guillermo Quintero
Le mot : Quête
Le texte : Plus qu’une enquête sur la disparition de Sixto Munoz, ce film est la quête d’une vérité. Le réalisateur Guillermo Quintero se donne pour mission de retrouver le dernier survivant du peuple Tinigua qui a disparu soudainement à 105 ans en quittant sa cabane sans prévenir. Pour cela, Guillermo va revenir sur les derniers lieux que Sixto aurait côtoyé avant de disparaître. Il questionne les voisins, les commerçants, les habitants colombiens qui ont croisé la route de Munoz. Mais toujours avec grande pudeur. La caméra et les questions du réalisateur ne sont jamais intrusives. Il laisse la caméra tourner jusqu’à ce que les personnes s’ouvrent d’elles-même. Il ne force rien, ne pose aucune question qui pourrait mettre mal à l’aise les personnes interviewées. Ils n’imposent rien. C’est la parole qui impose son propre rythme. Ce film dénonce cette colonisation des terres qu’on connu ce peuple et la méfiance qu’ils ont développé face à l’étranger. On leur a déjà volé tant de choses qu’ils sont devenus très pudiques et parfois mutiques. Le réalisateur dénonce cet abus de pouvoir en filmant le temps nécessaire à ces personnages pour se livrer. Le travail du montage est remarquable car malgré les successions d’interview en plan fixe, on reste en haleine comme si c’était une course contre la montre. Le rythme est parfait. Et la fin vient clore en beauté toute cette aventure. - Alessia Paris
Le mot : Disparu
Le texte : Même si l’on y trouve un intérêt dans l’exploration des paysages, de la faune et de la flore, et dans la rencontre des locaux, dans des séquences plutôt instructives, le film ne semble jamais vraiment décoller et stagne dans la contemplation. On retrouve régulièrement les mêmes sons dissonants, aigus, avec une utilisation parcimonieuse de la musique… Le documentaire souffre d’un problème de rythme. Également, il passe à côté de la possibilité de nous faire découvrir une culture inconnue, condamnée à disparaître, en faisant le choix de nous raconter l’épopée du réalisateur. Une enquête sous forme de récit, raconté en voix off, lu comme un carnet de voyage. Satisfaisant et intriguant, au début, mais qui finit par s’essouffler. L'œuvre passe à côté de sa dimension anthropologique, certes scientifique, mais qui aurait pu avoir un énorme intérêt. Après la séance, le réalisateur ajoute une explication, qui nous a éclairé sur la difficulté de la séquence finale : l’âge avancé de son protagoniste n’a pas permis de conduire un à échange satisfaisant. Peut-être, faute d’image, il n’était pas possible d’avoir ce qu’il était venu chercher, tout simplement. C’est un style documentaire spécifique, pragmatique, avec une dimension scientifique qui ne semble pas avoir trouvé son sujet ou abouti à sa promesse initiale. - Ruben Mariage
RETOUR AVANT 15 HEURES de Gaël Lépingle
Le mot : Curieux
Le texte : Je ne sais pas quoi dire sur ce film. Je n’ai pas du tout été traversé par ce long-métrage. Je trouvais que le rythme était trop lent et n’aidait pas les comédiens. En retrouvant les post-it d’un père récemment décédé, Gaël Lépingle recrée le quotidien de ce dernier. Ce quotidien réglé comme du papier à musique, avec une précision dans les actions proche de l’obsession. Une reconstitution du quotidien qui est intéressante mais pas assez bien rythmée selon moi. La lenteur des échanges, le jeu un peu en force par moment ne m’a pas conquise. - Alessia Paris
LE SERPENT À BONANJO de Max Mbakop, Lilia Kilburn
Le mot : Roller
Le texte : Un beau court-métrage qui raconte brièvement un bout d’histoire, avec une narration éclatée, à Douala, dans le quartier de Bonanjo, en filmant des aficionados du Roller. Ces roller-mans se suivent en file indienne, formant un serpent qui progresse et glisse partout. En arrière-plan, on entend les habitants du village parler de politique, de vie quotidienne. Ce film est une courte fenêtre sur la vie, à un instant T. Sur les doutes et les possibilités de vie, dans l’ombre d’un grand milliardaire français, venu éteindre son influence sur leur pays. À vous d’en tirer les conclusions. - Ruben Mariage
SLET 1988 de Marta Popivoda
Le mot : Danse
Le texte : On passe ici à côté d’un sujet pourtant puissant. Le film, dans sa dimension expérimentale, propose une intention claire, du moins sur le papier, mais laisse le spectateur en manque de repères. Les informations sont distillées au compte-gouttes, et le narrateur pose quelques éléments de contexte à travers un texte introductif, sans que cela suffise à structurer l’ensemble. Très prometteur dans ses débuts, le film semble progressivement abandonner son sujet au profit d’une recherche formelle. Le point de départ est pourtant fascinant : une danseuse, mise en regard avec des images d’archives saisissantes d’un spectacle monumental en ex-Yougoslavie en 1988. On observe son corps aujourd’hui, dans l’intimité d’une séance d’étirement, tandis que le passé surgit en contraste. Ce jeu de temporalité, entre promesses d’hier et réalité d’aujourd’hui, ouvre une piste particulièrement forte. Mais cette promesse reste inaboutie. Le film s’enferme dans son dispositif expérimental et, dans sa dernière partie, introduit un nouveau thème : le féminisme. À travers un texte, sans réellement l’avoir préparé ni développé. Cette ouverture, bien que pertinente, arrive tardivement et laisse une impression d’inachevé. Le film apparaît alors à la fois trop court pour embrasser pleinement l’ampleur de son sujet, et trop en surface pour en faire ressentir les enjeux. Il esquisse des pistes sans jamais vraiment les approfondir, laissant le spectateur à distance de ce qu’il aurait pu vivre pleinement. - Ruben Mariage
SUBURBIA, ALLER-RETOUR de Damien Cattinari
Le mot : Tableau
Le texte : Des tableaux de la banlieue parisienne. Nada más. Les plans s’étirent, le temps se dilate, et le spectateur… s’ennuie parfois. Le film repose sur un dispositif particulier : laisser durer les plans pour installer une forme de temps réel à l’écran. On pourrait, en forçant un peu le trait, y voir une filiation avec le cinéma de Chantal Akerman — mais sans véritable récit pour l’accompagner. C’est un film contemplatif, qui capte des fragments de vie. Pourtant, les séquences s’enchaînent sans réel liant, si ce n’est l’espace dans lequel elles prennent place. Malgré un travail solide sur la prise de son et le mixage, et quelques fulgurances poétiques, le film semble rester au stade de l’intention. - Ruben Mariage
THE WEARY HOURS OF TWO LABS ASSISTANTS de Burak Çevik
Le mot : Substance
Le texte : La force de ce court-métrage est que l’on ne sait pas exactement dans quel espace nous sommes. Le film commence sur une reproduction en 3D sur ordinateur d’une “chose”. C’est qu’après que l’on comprend que c’est une substance. Ce film redéfinit ce qu’est la matière. En même temps que visuellement on essaye de découvrir et de comprendre ce qui est filmé, on entends deux femmes parler d’un sujet très personnel sans pouvoir réellement identifié le sujet. Le concret épouse l’abstrait. Ce n’est qu’à la fin du film que l’on comprend que les deux laborantines sont, sur leur lieu de travail, en train de lire leur avenir dans des tasses de cafés. Ce court-métrage est pour moi une pépite. - Alessia Paris
Le mot : Étrange
Le texte : Deux séquences, deux approches d’un même script, un même dialogue. Assiste-t-on à une fiction ou à un documentaire ? La première partie se déploie en voix off, à travers une séquence numérique réalisée sur un logiciel 3D de laboratoire. La seconde prend la forme d’un très beau champ-contrechamp, plus incarné, plus direct. Au-delà du travail musical et de la mise en scène, le film repose sur cette intention forte : mettre côte à côte deux formes différentes pour raconter une même situation. On suit ainsi la pérégrination de deux laborantines dans un laboratoire, la nuit. Le film tient sa promesse et déploie pleinement son dispositif. - Ruben Mariage
WITH LOVE AND RAGE de Bojina Panayotova
Le mot : Nécessaire
Le texte : Ce film rend hommage à la première Women’s Pentagon Action en novembre 1980. Des images d’archives montées à la perfection. On suit des femmes aux vies différentes mais qui ont un objectif commun : faire changer les choses et être enfin entendues. Pendant ce film, j’ai ressenti un sentiment de tristesse car je me suis rendue compte que cette bataille se répète à chaque génération. Qu’elle ne cessera jamais et qu’elle fera partie de notre quotidien de femme. Mais j’ai aussi ressenti de l’espoir en assistant à l’engagement de ces dernières. Le secret pour ne pas perdre espoir est donc l’action. Se battre oui mais ensemble pour enfin avoir un impact. En tant que femme, nous arrivons au monde avec ce passif et ces combats déjà en nous. Nos mères et nos grands-mères nous les ont transmises et nous avons aussi pour mission de protéger nos filles. Une femme nait avec une mission. C’est ce que raconte ce film. - Alessia Paris
Séances spéciales :
BELLEVILLE NOUS VERRA TOUJOURS DANSER de Hugo Sobelman
Le mot : Espoir
Le texte : Hugo Sobelman nous emmène dans le quotidien de “La Perm”, une permanence juridique qui vient en aide aux adolescents du quartier. Le film dénonce les clichés auxquels sont associés ces jeunes et les injustices qu’ils subissent. Mais ce film nous fait surtout entrer dans leur intimité en les écoutant parler librement de leur doute, leur crainte pour leur avenir et leur questionnements sur leur place dans notre société. Mais ces jeunes ne se plaignent jamais, ils sont tout simplement lucides et factuels ce qui est d’autant plus impactant. Même si les sujets soulevés sont forts, ce que je retiens du film c’est l’élan de vie que l’on ressent. La joie, l’énergie de ces jeunes qui ne lâchent rien. Qui osent parler de la fatalité de leur destin tout en rêvant à plus. Ils se confient à Hugo avec une telle pudeur que l’on ne peut pas s’empêcher d’être touché. - Alessia Paris
EN NOUS de Juliette Binoche
Le mot : Créer
Le texte : Le film se divise en deux parties. Une partie répétition, recherche et rencontre avec le plateau puis une partie où nous assistons à la représentation du spectacle. Juliette Binoche redéfinit le mot “création” dans ce documentaire et nous rappelle que le doute fait partie de la création. Que l’un n’existe pas sans l’autre. Pour vaincre le doute, la mise à nu et le lâcher prise sont nécessaires. On assiste donc deux artistes, le chorégraphe et l’actrice, dans le création d’un spectacle. Mais quel spectacle ? Que veut-on défendre ? Comment veut-on le raconter ? Des questions que ces interprètes se posent à chaque répétition, à chaque mouvement, à chaque geste. Après avoir assisté au spectacle final, nous trouvons enfin les réponses. - Alessia Paris




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