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CAHIER CRITIQUE - L'ÉTRANGE FESTIVAL 2026

Cyriaque Onfray
il y a 18 heures
3 min de lecture

Notre rédacteur, Cyriaque Onfray a eu la chance de couvrir la nouvelle édition de L'Étrange Festival. Voici ci-dessous, ce qu'il en retient.


BLADES OF THE GUARDIANS de Yuen Woo-Ping

(Séance d'ouverture)



LE MOT : COPIEUX

Pour sa séance d’ouverture, il va sans dire que l'Étrange Festival 2026 a mis les petits plats dans les grands. Passé un court métrage d’animation qui, franchement, ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, le gros morceau de cette soirée était Blades of the Guardians, de l’octogénaire Yuen Woo-Ping, dont le travail comme coordinateur de cascades et comme cinéaste n’a plus rien à prouver. Variation sur le wu xia pian, un des genres rois du cinéma chinois, Blades of the Guardians fait le spectacle, découpe, secoue, remue, dans un geste qui peut être décrit comme, vu sa structure et son cadre désertique, un Mad Max Fury Road dans la Chine médiévale, enchaînant les moments de bravoure à un rythme effréné et roboratif : un duel au sabre sur un gisement de pétrole en feu, des coups de pieds capables d’arracher une tête, un affrontement au plein coeur d’une tempête de sable qui fait glisser les combattants, ne sont qu’un petit aperçu du buffet à volonté que propose le film, qui n’a pour seul vrai défaut que son étalonnage questionnable. Glorieux.


GHOST KILLER de Kensuke Sonomura



LE MOT : LIQUIDÉ

Je parlais dans une mini-critique précédente des enfants de The Raid, avec le très réussi Ikatan Darah, et Ghost Killer est un peu un genre de cousin par alliance de The Raid, réalisé par le coordinateur cascades de The Furious, autre éminent film du genre sorti cette année dans nos contrées. Ici, si l’on aura droit à quelques scènes d’action rondement menées (l’introduction, une bagarre de bistrot, et le final notamment), l’intérêt du film repose d’abord sur son concept, celui d’une jeune étudiante possédée par le fantôme d’un tueur à gages, qui peut prendre contrôle de son corps si elle le désire. C’est un film bien aimable, car assez drôle et bien tenu par ses comédiens, rempli de bonne volonté dans ses thématiques et son écriture. Malheureusement, cette bonne volonté ne sauve pas le film, dont le manque de budget transpire à chaque séquence, entre une photo pas extraordinaire du tout, un réemploi de décors abusifs (un entrepôt en particulier est utilisé pour figurer une demi-douzaine de lieux, en changeant simplement la disposition du décor et les couleurs dominantes des plans). Ceci, ajouté à une écriture parfois franchement chancelante, fait de Ghost Killer un objet qu’on aimerait beaucoup aimer, mais qui déçoit par rapport à sa promesse initiale.


IKATAN DARAH de Sidharta Tata



LE MOT : EMPLOYÉ DU MOIS

Quand on pense festival de films de genre, l’action est sans doute un des derniers genres à venir en tête, derrière l’horreur, le fantastique ou encore la SF, sinon un genre de l’action spécifique. Pourtant, considérer la présence d’Ikatan Darah à l’Etrange Festival comme illégitime ne viendrait à l’idée de personne, d’autant qu’il s’inscrit dans ce qui ressemble de plus en plus à un genre à part entière, que j’appellerai les enfants de The Raid, soit des actioners nerveux, où le scénario timbre-poste est prétexte à pléthore de scènes d’actions dont l’inventivité et la rythmique sont les marqueurs qualitatifs du métrage. Ikatan Darah, avec son prêtre psychopathe, son test de Bechdel étonnamment validé grâce à une paire d’actrices très convaincante, sa photo léchée, son scénario rachitique mais encore trop présent, sa scie circulaire et son poignard taillé dans une griffe de tigre, se présente à son spectateur comme une grande réussite, un produit industriel parfaitement exécuté, jouissif et gore à l’envi. Peut-être pas un film qui restera mais assurément un film plaisant en toute circonstance.


TORMENTO de Ollalo Rubio



LE MOT : CADAVÉRIQUE

Seconde ouverture de l’Etrange Festival 2026, avec la promesse d’un film plus méchant, moins grand public, Tormento est le remake d’un film paraguayen. On y suit une jeune femme, coupable d’un délit de fuite mortel, qui va passer une nuit comme agent de sécurité dans une morgue. S’ensuit un film de fantômes atmosphérique aux airs d’adaptation non officielle de Five Nights at Freddy’s, où l’on s’approprie l’espace au rythme d’un sound design efficace et d’effets de mise en scène… un peu moins efficaces. En effet, le film ne prend pas le temps d’expliquer clairement ses règles, sans doute parce qu’il compte sur sa mise en scène et son atmosphère psychologique pour compenser. Mais cela ne fonctionne pas, car le film est bien trop idéel et psychologique pour vraiment agir son spectateur, et l’on se désintéresse de ce train fantôme court sur pattes, qui finit par se vautrer dans une fin au moralisme consternant.



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