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L’ODYSSÉE de Christopher Nolan

  • Ruben Mariage
  • il y a 12 minutes
  • 3 min de lecture
Ulysse (Matt Damon), habillé en tenue de soldat de la Grèce antique, nous regarde, avec en arrière-plan des navires et des soldats grecs

LE MOT : COLOSSAL


Après des mois d'attente, d'anecdotes de tournage, de témoignages et d'un teasing savamment orchestré, le nouveau film de Christopher Nolan sort enfin au cinéma.


Depuis vingt ans, pratiquement l'âge de son fils, Ulysse vit loin de son île d'Ithaque. Contraint par le roi Agamemnon de s'engager dans une guerre lointaine, il part combattre sur les plages de Troie, dans un conflit qui durera dix ans. Dix années de batailles, de morts et d'assauts infructueux pour une guerre dont on ne voit jamais le bout.


Mais, à son issue, Ulysse en sort vainqueur grâce à sa ruse et au célèbre stratagème du cheval de Troie. Un ingénieux subterfuge qui permet aux soldats grecs de pénétrer dans la forteresse imprenable des Troyens, violant au passage une loi cardinale : celle de Zeus.


Un piège brillant qui conduit pourtant au pillage et au saccage de la ville de Troie. Dix années de frustrations pour l'armée grecque qui transforment cette victoire en massacre d'innocents.


En une seule nuit, Ulysse devient à la fois un héros béni des Grecs et un homme maudit des dieux.


Une fois sa mission accomplie, il entreprend de rentrer chez lui pour retrouver sa femme et son fils.


C'est là que commence L'Odyssée. L'épopée tragique et la quête rédemptrice de l'une des figures mythologiques les plus célèbres de la littérature mondiale, un texte entré dans la légende.


Et, pour Nolan, le point de départ de son film.


Christopher Nolan fait partie des réalisateurs les plus attendus de notre époque. À raison, puisqu'en une vingtaine d'années, il a su construire une filmographie exigeante, capable de manier des concepts complexes tout en se réappropriant les mythes et les grands genres cinématographiques avec un succès critique et populaire incontestable.


Il incarne une forme de ce que je qualifierais de « grand cinéma populaire », à la frontière entre le cinéma d'auteur et le divertissement de grande qualité.


Oserais-je employer le terme de « blockbuster intelligent » ?


Quoi qu'il en soit, Nolan semble attiré par les récits d'envergure, souvent chargés de sens et porteurs d'une réflexion sur notre monde. Ses films interrogent l'homme, l'humanité et notre étrange capacité à conjuguer grandeur, beauté et cruauté.


Que vaut donc cette nouvelle adaptation de Christopher Nolan ?


L'Odyssée est une fresque épique de près de trois heures qui mêle quête rédemptrice et récit introspectif, proposant une nouvelle lecture des aventures d'Ulysse.


Dans un style naturaliste proche de celui de Dunkerque ou Oppenheimer, le réalisateur a largement insisté sur sa volonté de tourner le film autant que possible en décors naturels et dans des conditions réelles. Cette démarche permet à L'Odyssée de nous immerger avec réussite dans une Grèce antique mythologique.


Je précise mythologique, car j'aimerais ici écarter les débats sur la véracité historique des événements afin de me concentrer exclusivement sur l'œuvre elle-même.


Nolan multiplie ainsi les décors naturels, existants et concrets, privilégiant une mise en scène au plus près de la réalité afin de renforcer cette impression d'immersion dans sa vision de la Grèce antique. Le résultat est parfois impressionnant dans son ampleur, notamment lors des séquences se déroulant dans la cité de Troie ; parfois pesant et inquiétant dans la cour d'Ithaque, où rôdent des dizaines de prétendants ; parfois même glauque lorsque l'équipage d'Ulysse rencontre pour la première fois le Cyclope.


Dans L'Odyssée règne une véritable sensation de démesure. C'est sans doute l'une des grandes qualités du film, qui s'impose déjà comme une œuvre ambitieuse, tant par les moyens déployés que par l'ampleur de son dispositif. Le tout est porté par une distribution prestigieuse où chacun trouve sa place avec justesse.


Par certains aspects, le film peut cependant dérouter. Sa durée, ainsi que la quantité d'exposition nécessaire au démarrage de l'intrigue, donnent parfois une impression d'inertie. Le récit n'est pas linéaire et repose sur un enchevêtrement de flashbacks. Ces passages, parfois denses, restent maîtrisés, mais peuvent ralentir le rythme du film.


Cependant, la narration se déploie progressivement et l'histoire gagne en ampleur, révélant toute la portée dramatique des événements qui se jouent sous nos yeux.


C'est là que réside la véritable force du film.


L'Odyssée est avant tout une tragédie sur le destin d'un héros maudit par les dieux pour avoir bafoué leur loi et permis le massacre d'une population innocente au nom d'un tyran.


Le film dépeint avec force les horreurs de la guerre, parallèlement la fin de l'âge du bronze, faisant culminer son récit dans la barbarie d'un peuple pourtant considéré comme civilisé qui, sous couvert de satisfaire l'ego d'un homme et les intérêts d'un autre, commet les pires

atrocités.


Nolan remet ainsi au goût du jour un récit vieux de plus de deux mille ans et nous rappelle pourquoi L'Odyssée a traversé les siècles.

 
 
 

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