LA DERNIÈRE PATIENTE de Rémi Bassaler
- Cyriaque Onfray
- il y a 11 minutes
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LE MOT : ÉTOUFFANT
Il serait peu dire que le cinéma social français, dans l'œil du grand public, relève aujourd’hui du cliché, de l’idée reçue, voire même d’excuse pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Qualifié de moraliste, bourgeois, pédant, il fait l’objet d’un certain nombre de moqueries et parodies en tout genre, qui font que lorsqu’un jeune cinéaste signe un premier long-métrage qui en apparence en a toutes les caractéristiques, on peut se poser la question de la pertinence d’encore le faire, d’autant plus lorsqu’il s’agit du corps médical, grand terrain de jeu du genre depuis plusieurs années, via une série comme Hippocrate, ou encore des films comme le très réussi L’Intérêt d’Adam, de Laura Wandel. C’est pourtant le choix que fait Rémi Bassaler avec La Dernière patiente, qui va, au contraire des objets précédemment cités, se concentrer sur une unique relation, celle d’une médecin tout juste retraitée (depuis quelques heures), incarnée par Anouk Grinberg, qui va prendre sous son aile la dernière patiente éponyme, une femme enceinte en détresse incarnée par Luana Bajrami, alors même que son cabinet doit être rasé deux jours plus tard.
Sur le papier, on est donc dans tous les poncifs du film social français contemporain, peut-être un peu plus tenu et serré que la moyenne, le film se déroule sur moins de 48h, dure tout juste 1h20, et cherche à montrer une société au bord de l’écroulement. Ce qui se manifeste dès son plan d’ouverture, une contre-plongée sur la tour vieillotte où réside Anouk Grinberg, prise dans un smog étouffant. L’étouffement, c’est la sensation que le film tente d’atteindre avec un succès tout relatif, lié justement aux fameux poncifs de cinéma social qui sont les siens. Le rapport hiérarchique entre Grinberg et Bajrami, en effet, est particulièrement pénible à suivre dans la première moitié du long-métrage, Grinberg campant une médecin bourrue-mais-pas-méchante-au-fond, une caractérisation qui empêche le film de questionner, du moins dans un premier temps, sa posture dominante, qui fait pourtant un peu datée au milieu du chaos social que filme Rémi Bassaler : manifestants contre flics, urgences bondées contre clinique privée, une situation sociale étouffante lourdement appuyée par la petite affèterie d’écriture qu’est l’asthme dont souffre Grinberg.
En revanche, le film parvient à toucher lorsqu’il se concentre sur la fameuse patiente, dont la situation désastreuse et le couple sont décortiqués en quittant brutalement dans son dernier acte le drame pour basculer sur un thriller lorgnant sur le home invasion. C’est là qu’Anouk Grinberg quitte sa posture de médecin, gagnant en intensité dramatique ce qu’elle perd en précision sociale. La Dernière patiente touche soudain à un genre d’anomie généralisée, causée par un éclatement des positions attribuées initialement à ses personnages, et devient dès lors beaucoup plus intéressant que le drame social plan-plan qu’il semblait se destiner à être. Et si le final est assez grotesque, voire idiot, sa violence et son caractère définitif sont tellement soudains qu’il parvient à faire son effet, d’autant qu’il repose sur un fusil de Tchekhov particulièrement rigolo que l’on n’avait pas vu venir.
En bref, si La Dernière patiente est un premier film très imparfait, à l’interprétation et à l’écriture parfois bancales, sa courte durée alliée à une seconde moitié très bien menée tant dans son rythme que dans sa dramaturgie en font une variation autour du très franchouillard drame social qui mérite le coup d’oeil.




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