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HOME STORIES d’Eva Trobisch - BERLINALE 2026 - COMPÉTITION OFFICIELLE

  • Louise Devillers
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture
Ulysse (Matt Damon), habillé en tenue de soldat de la Grèce antique, nous regarde, avec en arrière-plan des navires et des soldats grecs

LE MOT : HISTOIRES 


Home Stories est un beau film, qui se perd parfois, je trouve, au détour de tous les sujets qu’il veut aborder : les séquelles de la grande Histoire et les petites histoires d’une famille, intrications intimes et douloureuses. 


On suit - j’ai même envie de dire “on subit” - d’abord les émois de l’adolescence traversés par Léa, 16 ans, interprétée par Frida Hornemann. Taiseuse, faussement indifférente, Léa observe, se dispute avec sa meilleure amie et avec sa mère. L’émission de télé-réalité à laquelle elle participe lui fait miroiter une carrière de star qui l’éloigne toujours plus de son entourage et de ses racines. Je l’ai trouvée dure, jugeante, individualiste, je reprendrais même le terme employé par sa mère : antipathique. Elle parle peu, et quand elle prend la parole, c’est souvent pour dire qu’elle ne sait pas ou qu’elle n’est pas d’accord, sans jamais toutefois proposer des solutions, ou du moins ouvrir une discussion qui mènerait à trouver collectivement des solutions. En fait, j’ai trouvé son personnage bien écrit, il reflète tout à fait ce que l’adolescence peut générer d’incohérences, de violences et de vulnérabilités. Et ça, c’est plutôt chouette, car ce n’est pas le sujet le plus abordé au cinéma ces dernières années ! 


Un point décevant toutefois, bien que courant dans ce genre de films censés mettre en avant le talent d’un des personnages : les performances vocales de l’actrice. Mais bon, Eva Trobisch confie dans le dossier de presse que ce n’est pas la facette “performance” qui l’intéressait, mais davantage comment la notoriété soudaine pouvait remuer une personne et sa famille dans son identité. Passons donc.


Chose intéressante, on comprend par les discussions de Léa avec ses camarades d’émission - eux aussi hystériques face à cette fame soudaine -, que l’héritage de l’Histoire de sa région, l’Allemagne de l’Est, est méconnu des Allemands eux-mêmes. Ça ne semble pas tant l’atteindre sur le coup, pourtant c’est un sujet qui anime profondément sa grand-mère (Rahel Ohm), sa tante (Eva Löbau) et son frère (Florian Geißelmann). Ces trois personnages ont en commun d’être remués par leur identité d’Est-Allemands, mais sont en désaccord total sur la manière d’appréhender cette identité, et de la manifester. J’ai trouvé ces accrochages très intéressants, mais assez frustrants, manquant personnellement de connaissances sur le sujet. Or rien ne permet de raccrocher les wagons. Il n’y a pas de rappel subtil des crises, qu’elles soient financières ou identitaires, qui ont déchiré la région suite à la réunification. Eva Trobisch s’adresse, à mon sens, à un public déjà connaisseur, et donc à un public très niche, quand on voit que même les jeunes Allemands de l’émission semblent a priori éloignés du sujet ! Je suis sortie du film à plusieurs reprises, tentant de comprendre les allusions, de recoller les morceaux avec les choses que j’avais apprises plus tôt. Mais bon, je préfère un film qui fait réfléchir plutôt qu’un film qui prend ses spectateurs pour des cons, pardonnez-moi l’expression !


On suit enfin la mère et le père, incarnés par Gina Henkel et Max Riemelt, qui traversent un divorce et l’arrivée d’un nouvel enfant, qui coïncide sans surprise avec la “crise d’adolescence” de Léa. On comprend que ce nouvel enfant n’est pas du père, laissant planer le doute sur la fidélité de la mère, qui pourrait être l’une des raisons du divorce… Comme beaucoup de choses dans le film, ce sujet est évoqué entre les lignes, or je trouve que cette complexité des informations apporte une confusion qui n’est pas forcément utile, à part pour nous rappeler qu’il s’agit d’une famille et que comme toute famille, elle a son lot de galères et de traumas, mais bon…


Dans la même veine, je n’ai pas été conquise par ces nombreux plans d’animaux, réels ou peints, vivants ou morts : paon, chevaux, hibou, oiseaux, chauve-souris… Qu’apportent-ils ? L’idée que tout n’est que vanité ? Qu’on retourne tous à la poussière ? Je n’ai personnellement pas trop su qu’en déduire. Ils n’apportent pas non plus une zone de respiration permettant au récit de mieux continuer ensuite.


La caméra quant à elle accompagne le sentiment d’inconfort et de décalage des personnages. Souvent coupés à mi-poitrine, ils ne prennent pas même le quart du cadre. Ce sentiment d’amoindrissement et d’étouffement est accentué par le format 4/3. Bien que ces techniques de mise en scène fonctionnent, elles ne surprennent pas forcément et manquent d’inventivité. 


Pour conclure, Home Stories m’a un peu laissée sur ma faim, mais reste intéressant.

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