NOTRE TOP 7 DES FILMS DE 2025
- La Rédaction
- 22 déc. 2025
- 22 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 déc. 2025
La rédaction regarde déjà avec mélancolie l'année 2025. Alors on s'est dit que ce serait bien de faire un point sur toutes ces oeuvres qui ont défilé devant nos yeux.
Dernière chose, ne voyez pas ce qui suit comme des classements, mais simplement comme une occasion de mettre en avant certains films !

LE TOP 7 DE LA RÉDACTION
1. TARDES DE SOLEDAD d’Albert Serra
2. ON VOUS CROIT (ex aequo) de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
2. SIRĀT (ex aequo) d’Oliver Laxe
4. MAGELLAN de Lav Diaz
5. LE RIRE ET LE COUTEAU de Pedro Pinho
6. UN POÈTE (ex aequo) de Simón Mesa Soto
6. UN SIMPLE ACCIDENT (ex aequo) de Jafar Panahi
LE TOP 7 DE CHAQUE RÉDACTEUR
RAPHAËL CHADHA

1. LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE de Kirill Serebrennikov
On peut se tromper ? Oui.
Est-ce qu’on peut se tromper soi-même ? Oui.
La conviction et la confiance peuvent être source de réussite comme de solitude, voilà un chef d'œuvre qui en est la preuve.
C’est un film en noir et blanc qui fait exploser la couleur, l’exprime autant qu’elle l’explique.
Le bourreau ici est jugé par l’image, par l’espace qui lui est donné autant que par le placement de la caméra.
Tout le film est résumé dans ce plan d’une grande intelligence : après avoir mangé avec sa famille, le personnel nettoie la table et Kirill Serebrennikov laissant tourner le plan donne tout son sens à l’expression “ramasser les pots cassés”.
2. VALEUR SENTIMENTALE de Joachim Trier
Un père cinéaste revient dans la vie de sa fille comédienne et lui propose de jouer dans son prochain film. Sous couvert de tumultes familiaux, le film tient son intensité de l’expressivité de ses émotions. Beaucoup de films font cela non ? Pourquoi donc celui-ci ? Joachim Trier fait des choix scénaristiques parfaits, par exemple l’idée de la maison comme un personnage. Tout comme celle qui veut que cette fille, au travers du film, donne à ce personnage écrit sur le scénario de son père sa propre matière.
3. LA TOUR DE GLACE de Lucile Hadžihalilović
La neige, le conte, l’enfance, voilà de quoi enivrer tout spectateur.
Inspiré de l’histoire de La Reine des Neiges de Hans Christian Andersen.
Film sur un film, faisant jouer la perspective-artistique comme aucun autre cette année. Posons la question, pourquoi cela ?
Marion Cotillard voit en cette fille arrivant sur le tournage sa propre histoire. Ce n’est plus du jeu, c’est une incarnation.
4. RYUICHI SAKAMOTO : OPUS de Neo Sora
Le dernier concert donné par le compositeur du Dernier Empereur et filmé par son fils : Neo Sora.
Il n’y rien de plus difficile que de choisir des mots pour décrire de la musique. Seulement, le réalisateur par quelques mouvements de caméra intelligents, arrive à mettre en avant le travail d’une vie de son père.
Les micros sont placés dans l’espace comme des arbres, les ombres comme des traces de ce musicien, les reflets comme des questionnements infinis.
En bref, un homme qui joue un dernier air de musique avant que son souffle ne lui manque.
5. ON VOUS CROIT de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
Nous croit-on ? Qui croit-on ? Que croyons-nous ?
En si peu de temps (1h18) mais avec tellement d’intensité, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys renvoient à ces questionnements en évoquant l’inceste, la garde enfantine et la justice.
Les deux réalisateurs offrent au film l’image qui lui faut. Que ce soit par les hors-champs (les mieux utilisés en 2025), preuve de ce qu’on ne peut pas voir. Ainsi que par ces trois caméras simultanées dans cette salle blanche et judiciaire. Trois caméras pour un infini de regards : parfois comme reconnaissance, parfois comme voyeurisme.
6. SIRĀT d’Olivier Laxe
Ce désert, cette force, cette troupe : on s’attache autant que les relations entre les protagonistes se détachent (contre leur gré). S’échapper, rester, rechercher : trois envies qui résument autant Sirāt que les sentiments qui traversent le spectateur.
La mort se mérite ? Disons plutôt qu’avec ce film, la mort a du mérite.
7. RESURRECTION de Bi Gan
Il arrive certaines fois qu’on aille au cinéma et que l’on s’endorme tout en rêvant. Avec Bi Gan, pas besoin de dormir, le rêve est projeté sur la toile blanche.
Un onirisme enveloppé dans le 7ème art.
Une ode à tous ces genres qui nous poussent à créer, à regarder ou à interpréter des images en mouvement. Resurrection voit le cinéma vide comme plein, l’un comme l’autre, le cinéma existe.
MENTION HONORABLE - NINO de Pauline Loquès
Première œuvre d’une réalisatrice âgée de deux ans de plus que la personne qui a inspiré le personnage de Nino.
Dans ce récit, chaque jour compte, chaque jour est compté et pourtant on traverse ce quotidien avec tant de simplicité.
Simplicité portée à l’écran par Théodore Pellerin et son naturel (révélation masculine de l’année, selon moi) parallèlement à ses répliques justes, vraies et entières. Pauline Loquès, finalement, nous donne une grande leçon : il faut vivre jusqu’à son dernier souffle.
LOUISE DEVILLERS

1. TARDES DE SOLEDAD d’Albert Serra
Portrait cynique d’un torero empreint toutefois d’une grande fascination. Images magnifiques… et révoltantes.
2. SIRĀT d’Oliver Laxe
Quête non-initiatique. Claque spirituelle. Ne rien lire avant, se laisser emporter.
3. VERMIGLIO de Maura Delpero
Années 1940, dans la brume et le froid des montagnes italiennes. On s’immisce dans les murs d’une famille modeste. Portrait touchant, parfois comique, souvent dramatique, des filles qui chacune grandissent, découvrent, aiment.
4. LA CHAMBRE D’À CÔTÉ de Pedro Almodovar
Deux amies renouent contact. L’une, gravement malade, souhaite se donner la mort et demande à l’autre de l’accompagner dans ses derniers jours. Images magnifiques. D’une poésie folle.
5. MÉMOIRES D’UN ESCARGOT d’Adam Elliot
Grâce affronte sa vie sans son jumeau Gilbert, duquel elle a été séparée petite. Humour cinglant, mais prévoir toutefois un bon paquet de mouchoirs.
6. CE N’EST QU’UN AU REVOIR de Guillaume Brac
Sud puis nord de la France. Deux lycées, deux jeunesses. Un diptyque d’une grande délicatesse sur les rêves et craintes des jeunes.
7. NINO de Pauline Loquès
On ne peut s’empêcher de penser à Cléo de 5 à 7. On suit Nino, petite trentaine, dans son week-end avant chimiothérapie. On l’accompagne dans sa sidération et dans ses questionnements. Car comment annoncer, à l’occasion d’un repas de famille ou d’une soirée entre amis, qu’on a un cancer ? Sujet difficile traité avec beaucoup de tendresse et d’humour.
ADRIEN FONDECAVE

1. UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE de Paul Thomas Anderson
Ce film est pour moi — et de loin — le film de l’année, en ce qu’il restitue parfaitement le Zeitgeist, l’esprit du temps, de 2025. Celui d’une Amérique gangrenée par le trumpisme depuis 2017, avant que cette idéologie ne contamine le monde entier et culmine avec le second mandat de Trump, grâce aux différents proxy d’extrême droite, notamment dans notre fragile Europe. Paul Thomas Anderson livre un film coup de poing et très ambitieux, qui déploie le chaos avec maestria. Pourtant, son film est d’une grande lisibilité de bout en bout, sans nier la complexité du réel. Et puis quels acteurs et actrices ! Leonardo DiCaprio est génialement attachant et drôle, Chase Infiniti est la révélation du film, et Sean Penn est méconnaissable dans un rôle de soldat bien barré. Avec humour et humanité, Paul Thomas Anderson dresse un tableau sombre de notre époque. Mais dans le même temps, il nous donne de l’énergie pour résister, et avec panache ! Pour cela je ne pourrai jamais assez le remercier.
2. UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi
Il est toujours difficile pour un film de porter le poids d’un prix aussi prestigieux que la Palme d’Or. On a beaucoup parlé en bien d’Un simple accident, ce qui fait qu’il peut décevoir. Pourtant, il me semble être un film d’une grande maîtrise, car avec simplicité, il dit beaucoup de choses, de l’Iran d’aujourd’hui mais aussi de l’humanité. Surtout, il pense à l’après régime des Mollahs. Ce film est un geste politique très réfléchi et audacieux, qui montre combien Jafar Panahi est arrivé à une maturité artistique et humaine qui force le respect. Ce n’est sans doute pas son long métrage le plus réussi, mais c’est l’un des plus forts, et surtout c’est le film qu’il fallait faire en 2025, après l’émergence du mouvement Femme Vie Liberté et la répression d’une violence inouïe par le régime iranien. Oui c’est une Palme d’Or politique, mais c’est aussi une belle Palme d’Or artistique.
3. NINO de Pauline Loquès
J’ai été conquis par la finesse de l’écriture et de la réalisation de Pauline Loquès, alors que son film parle d’un sujet grave, le cancer. Nino est un film d’une très grande sensibilité, avec un humour subtil, et un scénario qui déjoue tous les moments attendus. Ce film doit aussi beaucoup à son acteur principal, Théodore Pellerin, particulièrement attachant et bouleversant, en grand échalas trentenaire, paumé dans un Paris vibrionnant. Ce long métrage a été pour moi l’une des plus belles surprises de cette année.
4. OUI de Nadav Lapid
Ce nouveau film de Nadav Lapid a reçu un accueil contrasté en France. Pas assez pro palestinien pour les uns, trop pro palestinien et trop critique envers l’État d’Israël pour les autres. C’est le drame des artistes équilibrés et modérés, qui essaient de prendre du recul sur leur époque… Nadav Lapid se place de son point de vue : celui d’un Israélien horrifié à la fois par les événements du 7 octobre et par les exactions commises par Israël qui ont suivi. Il en résulte un film viscéral, fou, inspiré, mais aussi pessimiste et mélancolique, qui fait le deuil d’une démocratie en voie de perdition. Encore un film courageux, qui ose se mesurer à l’actualité.
5. BERLIN, ÉTÉ 42 d’Andreas Dresen
Voilà un film qui est sorti de façon totalement inaperçue en France cette année, alors que c’est un magnifique long métrage, qui entre en résonance directement avec notre époque. Le cinéaste allemand Andreas Dresen et sa directrice de la photographie Judith Kaufmann ont conçu ce film historique pour que les costumes et la façon de filmer nous semblent à la fois rappeler les années 1940 mais aussi notre monde contemporain. Ce long métrage raconte l’histoire vraie et bouleversante d’un couple de résistants allemands lors de la Seconde Guerre Mondiale, qui seront capturés par les Nazis. Il montre comment de jeunes gens ont tenté de résister, et nous incite à faire de même, alors que les années 2020 ressemblent beaucoup aux années 1930…
6. KONTINENTAL ‘25 de Radu Jude
Radu Jude est l’un des cinéastes européens les plus en vue du moment, et c’est tout à fait légitime. Depuis son pays natal, la Roumanie, il dépeint cette Europe bancale, qui bénéficie des financements de l’Union Européenne, mais qui subit également un capitalisme sauvage, sans foi ni loi, qui nie et détruit les individus. Ici, c’est un clochard bougon qui va gripper le système, et qui va faire dérailler la vie d’Orsolya, huissière de justice un peu trop sensible. Radu Jude n’a pas son pareil pour réaliser des films grinçants, à l’humour noir ravageur. Mais derrière le rire, point de cynisme facile à la Ruben Östlund. Radu Jude est un artiste cultivé — ses films fourmillent de références artistiques et historiques — et humaniste, qui regrette comment l’Europe a sombré dans le nationalisme et l’ultra libéralisme… Au moins, on peut compter sur ce cinéaste pour nous empêcher de détourner le regard.
7. DEUX PROCUREURS de Sergei Loznitsa
J’attendais beaucoup de ce film, et sur le coup j’ai été un peu déçu par sa simplicité apparente et sa sécheresse narrative et esthétique. Mais c’est un long métrage qui m’a profondément marqué, et auquel je pense encore souvent. Avec une grande économie de moyens, Sergei Loznitsa montre toute la perversité et la violence de l’URSS… qui se prolonge aujourd’hui avec la Russie de Vladimir Poutine. Deux procureurs est un film historique, qui traite des purges staliniennes particulièrement sanglantes dans les années 1930. Avec une mise en scène implacable, Sergei Loznitsa nous fait suivre le parcours d’un jeune procureur idéaliste, qui va se confronter à la machine à broyer qu’est l’URSS sous Staline. Le réalisateur ukrainien déploie un récit qui se replie sur lui-même, fait de doubles (séquences, personnages…) et de faux semblants, particulièrement fort, qui fait écho à la situation que traverse l’Ukraine depuis la guerre de 2014 et l’invasion russe de 2022.
MENTION HONORABLE : À 2000 MÈTRES D’ANDRIIVKA de Mstyslav Chernov
Un des meilleurs documentaires ukrainiens sur l’invasion russe, car il nous plonge au cœur des combats. L’immersion est totale, mais au lieu d’en faire un banal film de guerre façon jeu vidéo, Mstyslav Chernov en tire une réflexion sur cet enfer sur Terre qu’est cette guerre russo-ukrainienne, et sur l’engagement du peuple ukrainien, dont beaucoup des soldats sont des civils qui se sont portés volontaires pour défendre leurs pays et leurs concitoyens. À 2000 mètres d’Andriivka est également très émouvant car on fait la connaissance de soldats qui mourront peu de temps après le tournage. Ce documentaire est un bel hommage à toutes ces personnes qui se sont sacrifiées pour une Ukraine libre…
MATHIS GAUTHERIN

1. L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE de Hlynur Palmason
Après le chef-d’œuvre qu’était Godland, Hlynur Palmason m’a encore une nouvelle fois séduit avec ce regard tendre et singulier sur le divorce, loin de tout pathos attendu.
Il dresse le portrait d’une nature islandaise sublime et imprévisible qui accompagne et reflète les émotions d’une famille en pleine recomposition. Ce film m’a cueilli par cette idée que l’amour ne disparaît pas avec la fin d’un couple, mais se transforme. Les touches d’humour absurde et de surréalisme empêchent toute mièvrerie et donnent au film une saveur unique dont je ne peux m’empêcher de tomber amoureux.
2. MAGELLAN de Lav Diaz
Lav Diaz — à travers la lenteur, les plans étirés et le huis clos maritime — déconstruit magistralement le mythe héroïque de Magellan pour en faire le portrait glaçant d’une obsession coloniale et religieuse. Le regard indigène, notamment celui d’Enrique de Malacca — l’esclave et l’interprète de Magellan — vient fissurer le récit officiel et met à nu les rouages d'une entreprise impériale et mercantile, où le christianisme n’est qu’un alibi. La folie d’une conquête où foi, pouvoir et avidité se confondent.
3. UN POÈTE de Simón Mesa Soto
Ce film m’a séduit par sa délicatesse et son ironie douce-amère sur la place de l’art et de la poésie dans un monde indifférent. Simón Mesa Soto arrive à capter avec justesse les humiliations, les doutes et les petites victoires d’un personnage chaplinesque à la fois touchant, maladroit et burlesque. Le film oscille constamment entre mélancolie et humour, sans jamais juger son protagoniste. Une œuvre modeste en apparence mais d’une grande humanité.
4. SOUNDTRACK TO A COUP D’ÉTAT de Johan Grimonprez
Fascinant. Oui, ce film m’a fasciné par son montage virtuose qui mêle histoire politique, jazz et cinéma d’archives avec une précision rythmique de jazzman. Johan Grimonprez transforme un épisode géopolitique majeur — mis sous silence par les médias et politiques occidentaux — en une véritable expérience sensorielle. Les images, portées par la pulsation musicale, se répondent, s’entrechoquent et produisent du sens par collision. La musique devient un outil de résistance, mais aussi de manipulation, et révèle les liens troubles entre culture et pouvoir.
5. UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi
Panahi signe de sa main un film d’une simplicité trompeuse — les moyens de réalisation étaient limités — où chaque geste et chaque silence sont chargés de tension politico-morale. À travers une situation en apparence banale, il interroge la responsabilité individuelle, la culpabilité et la possibilité du choix dans un monde contraint par la dictature. J’ai été frappé par la précision de la mise en scène et par la force politique qui se dégage sans jamais être appuyée. Une Palme d’Or politique.
6. RADIO PRAGUE de Jiří Mádl
Radio Prague m’a marqué par un regard précis et bien documenté sur le rôle des médias tchèques en mai 1968, à la veille du Printemps de Prague. Le film restitue la tension politique et morale d’une époque charnière, sans jamais sacrifier l’émotion. J’ai aimé la manière dont il rend hommage au courage collectif, à la parole libre et à ceux qui refusent le silence face à la censure.
7. LE TEMPS DES MOISSONS de Huo Meng
Le Temps des moissons — Ours d’Argent à la Berlinale 2025 — est bouleversant par la douceur avec laquelle il filme une violence immense, celle d’un monde rural en Chine au début des années 1990, en train de disparaître en raison de la révolution technologique. À hauteur d’enfant, Huo Meng observe sans jamais forcer la pitié, la fragmentation des liens familiaux, la solidarité entre agriculteurs, et l’impact brutal de la modernisation et du contrôle politique sur des vies simples dont l’existence tourne autour d’un rapport intime avec la terre. Les plans longs, la lumière naturelle, le rythme des saisons et les silences donnent au film cette dimension émotionnelle à couper le souffle. C’est un film qui ne cherche pas à démontrer mais à faire ressentir. Un adieu discret, profondément humain, à un mode de vie condamné.
MENTION HONORABLE : COMMENT DEVENIR RICHE (GRÂCE À SA GRAND-MÈRE) de Pat Boonnitipat
En tant que Franco-Thaïlandais, ce film m’a particulièrement touché et m’a rendu fier de voir le cinéma thaïlandais rayonner davantage à l’international dans la lignée d’Apichatpong Weerasethakul. Derrière son apparente légèreté, le film aborde avec humour, finesse et empathie les rapports familiaux, l’héritage et l’argent. Sa présence dans la shortlist des Oscars 2024 pour le meilleur long-métrage étranger confirme cette reconnaissance méritée. Un film à la fois tendre, populaire et ancré dans la culture thaïlandaise.
JÉRÉMIE PRIGENT

1. RESURRECTION de Bi Gan
C’est rare d’avoir des émotions à chaque plan, à chaque séquence, à chaque instant dans un film, et cette œuvre monumentale y parvient.
2. LE RIRE ET LE COUTEAU de Pedro Pinho
Cette œuvre incroyable, sensuelle, dense, aux milles pistes, aux mille contradictions, nous entraîne dans un dédale de sentiments vastes et sans fin. On rit, on pleure, on a peur, on est fasciné, on vit quoi !
3. BLACK DOG de Guan Hu
C'est un film d'une grande tendresse que je conseille à tout le monde, une sorte de Mad Max Chinois avec Pink Floyd The Wall en fond sonore.
4. L’AGENT SECRET de Kleber Mendonça Filho
Quelle masterclass émouvante, fantastique, brutale, politique et surtout inspirée !
5. OUI de Nadav Lapid
C'est un film courageux, fiévreux, mélancolique, introspectif, torturé, gonflé de la rage de vivre et de profiter du moment présent, au lendemain des attaques sanglantes du 7 octobre 2023.
6. FANTÔME UTILE de Ratchapoom Boonbunchachoke
C'est à la fois corrosif, subversif, couillu, poétique, mélancolique et jouissif ! On pense à Kitano, Mizoguchi, Gilliam, Bunuel. Un cinéaste est né.
7. SIRĀT d’Olivier Laxe
Prix du jury au dernier festival de Cannes, cet OVNI et lointain cousin de Sorcerer de Friedkin, est un véritable choc et certainement l'une des séances ciné les plus traumatisantes que j'ai vécu depuis Kinatay de Brillante Mendoza en 2009.
ZOÉ GRANDCOLAS

1. FRAGMENTS D’UN PARCOURS AMOUREUX de Chloé Barreau
Un bijou. J’ai adoré ce mélange documentaire/fiction autour des histoires d’amour. Le matériau d’archives, la présence des anciens amants dans le présent… c’est brut, sincère, magnifique.
2. LES ENFANTS VONT BIEN de Nathan Ambrosioni
Exceptionnel. D’une sensibilité rare, sur un sujet très peu représenté.
Entre incompréhension, douceur et compassion. Les enfants sont incroyables… et Camille Cottin aussi.
3. LE ROI SOLEIL de Vincent Maël Cardona
Un huis clos maîtrisé, un scénario tendu comme il faut et une mise en scène hypnotique. J’ai été tenue en haleine du début à la fin.
4. ON VOUS CROIT de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
Un film bouleversant. Myriem Akheddiou, que je ne connaissais pas, m’a scotchée : juste, forte, puissante. Un récit poignant sur les mères courage et leur combat.
5. LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE de Thierry Klifa
Une vraie surprise. Isabelle Huppert, impeccable. Laurent Lafitte m’a profondément agacée — signe que son rôle est brillamment joué. Et une Marina Foïs plus posée, que j’adore dans ce registre un peu décalé.
6. ELLE ENTEND PAS LA MOTO de Dominique Fischbach
Un documentaire lumineux, rempli de tolérance et de leçons de vie. Une famille attachante et d’une force incroyable. On sort avec de l’espoir.
7. L’AMOUR C’EST SURCOTÉ de Mourad Winter
Une fausse comédie romantique, mais une vraie bulle de tendresse. Hakim Jemili et Laura Felpin sont touchants, drôles et authentiques. Un film que j’ai envie de revoir
MENTION HONORABLE : RUNNING MAN d’Edgar Wright
Je suis rarement cliente des films d’action/SF, mais celui-ci m’a bluffée. Un scénario efficace, une adaptation solide du maître Stephen King. Inspiré de Stephen King, le seul, l’unique, une très bonne adaptation que j’ai hâte d’oublier pour aller le revoir.
JOA MAUDUECH

1. ON VOUS CROIT de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
Un film rempli d’émotions… On sort de la séance en se disant qu’enfin, on nous fait comprendre ce que l’on nous cache trop souvent.
2. ELLE ENTEND PAS LA MOTO de Dominique Fischbach
Ce film documentaire mêle une histoire familiale avec la gestion d’un deuil commun. Tout cela, en traitant de la place du handicap au sein de la société dans le cercle privé comme au sein de l’Éducation Nationale.
3. BIRD d’Andrea Arnold
J’ai rarement vu un film dans lequel le genre social (la spécialité de la réalisatrice) et le fantastique se mariaient aussi bien. Une histoire touchante et humaine illustrée par une image de pellicule douce mais pas léchée… un équilibre parfait.
4. UN POÈTE de Simon Mesa Soto
Des plans esthétiques et des cadres rapprochés. Une caméra épaule toujours en mouvement soutenue par un montage dynamique et flottant par moment. Nous sommes plongés instantanément, avec ce poète, dans une histoire remplie de frustration.
5. L’INCONNU DE LA GRANDE ARCHE de Stéphane Demoustier
Un film dont on ne voit pas passer la longueur. Des images impressionnantes et un récit qui colle au réel avec justesse et précision.
6. LA VENUE DE L’AVENIR de Cédric Klapisch
Une histoire qui met à l’épreuve les échanges entre différentes caricatures sociales. Un lien entre passé et présent réalisé avec humour et cohérence !
7 - VALEUR SENTIMENTALE de Joachim Trier
Un film basé sur un récit complexe fait de non-dit au sein d’une famille dont le père, personnage complexe, tente de renouer un lien perdu avec sa fille d’une manière tout à fait inattendue…
ALESSIA PARIS

1. EN PREMIÈRE LIGNE de Petra Volpe
Le film suit une journée de Floria Lind, infirmière dans un service en sous-effectif dans un hôpital suisse. L’actrice Leonie Benesch est tout simplement époustouflante. Et le suspens est palpable pendant tout le film.
2. DES PREUVES D’AMOUR d’Alice Douard
Céline et Nadia attendent un enfant. Si la grossesse de Nadia la place d'emblée dans le rôle de mère, Céline cherche sa légitimité et sa place sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi. Les deux comédiennes, Ella Rumpf et Monia Chokri, sont très justes et touchantes. On croit à leur relation et les plans sont intéressants.
3. SIRĀT d’Olivier Laxe
Luis est à la recherche de Mar, sa fille qui a disparu. Un groupe de raveurs, Stef, Jade, Tonin, Bigui, et Josh, les informent que leur fille pourrait se trouver dans une autre rave située dans le sud. Les plans et le travail sur le son sont tellement maîtrisés qu’on se croirait dans une rave. Les personnages sont uniques et les dialogues tellement bien écrits.
4. TARDES DE SOLEDAD d’Albert Serra
À travers le portrait du jeune Andrés Roca Rey, figure incontournable de la corrida contemporaine, Albert Serra dépeint la détermination et la solitude qui distinguent la vie d'un torero. Ce documentaire nous montre que cette pratique dénote avec notre société d’aujourd’hui. Notamment par le comportement du torero.
5. LE JOUR DE L’AN QUI N’A JAMAIS EU LIEU de Bogdan Mureșanu
Ce film se déroule principalement à Bucarest, durant les deux derniers jours (20 et 21 décembre 1989) du régime de Nicolae Ceaușescu. S'y entrecroisent les histoires de plusieurs personnages. Un film choral qui a un rythme assez unique. Ce film est un vrai tour de magie.
6. DOSSIER 137 de Dominik Moll
Ce film raconte l'enquête après la grave blessure d'un homme par un tir de flash-ball lors des manifestations liées au mouvement des Gilets jaunes. Léa Drucker est exceptionnelle dans ce rôle de l’enquêtrice. L’intrigue est bien ficelée et on ne s’ennuie jamais.
7. MÉMOIRES D’UN ESCARGOT d’Adam Elliot
La jeune Grace Pudel est séparée de son frère jumeau à la mort de leur père. Placée dans une famille d'accueil, elle se renferme sur sa passion pour la lecture et les escargots. J’ai été extrêmement touchée par le personnage de Grace. Les dessins m’ont rappelé les animés de mon enfance. La nostalgie est palpable et très juste.
DAVID-ALESSANDRO NIGRIS

1. MAGELLAN de Lav DIAZ
Comment, en quelques lignes à peine, dire et faire entendre l’envergure d’un chef-d’œuvre ?
Convoquant les enjeux et les passions de tous les âges et de tous les siècles, Lav Diaz signe ici une fresque magistrale à l’exigeante picturalité, où chaque plan, somptueux, nous donne à pénétrer un tableau vivant et savamment composé où l’humain se voit, sans cesse, placé à la merci du temps et des éléments, dans une dimension tragique évoquant celle des mythes ou des grandes épopées…
La première vertu de Lav Diaz demeure peut-être sa capacité phénoménale à faire de son art la matière, non seulement d’un combat mémoriel contre l’oubli, mais d’un réquisitoire esthétique puissant contre l’injustice sociale, l’oppression systémique et les compromissions du Pouvoir. Comme ses précédents films, celui-ci nous livre, tout en contemplation, le témoignage sensible de la relation si particulière que le cinéaste entretient depuis toujours avec le paysage, et d’un regard averti sur les profondeurs de la condition humaine, opérant un ralentissement amplificateur du récit dont je crois les leçons salutaires pour notre monde. Servi par une photographie dont le raffinement élève l’œuvre au rang des plus belles du cinéma contemporain, Magellan explore les origines du mal colonial et de l’entrée brutale de son pays, les Philippines, dans le théâtre de la Modernité universelle, pour mieux interroger notre présent.
2. TARDES DE SOLEDAD d’Albert SERRA
Ce film, grandiose, étend son regard et son ambition formelle bien au-delà des confins habituels du documentaire, fût-il de création, et la portée de son propos excède largement le domaine circonscrit et clivant de la corrida : il nous parle avec brio du grand mythe, aussi intemporel qu’universel, de la virilité héroïque et guerrière, de sa propension à la démesure et de la charge sacrificielle et sanglante qui lui est associée… Le tout servi par une esthétique extraordinaire, une virtuosité, une maîtrise de l’image et du mouvement pour le moins fascinantes.
D’une justesse confondante, Tardes met en scène, subrepticement, derrière la grâce chorégraphique des passes de corrida, une subtile comédie du pouvoir, à la confluence du huis-clos cérémoniel, du ballet macabre et du portrait sociologique, mais avec cette once prodigieuse d’irréel et de métaphysique dont Serra détient le secret, et qui me ravit à chaque fois. Par moments très dur, il n’élude en rien, sous couvert d’une quelconque fascination, la violence de cet étrange théâtre de la cruauté élevée au rang de raffinement qu’est la corrida — vestige anachronique d’un rapport au monde en voie de disparition.
3. LE RIRE ET LE COUTEAU de Pedro PINHO
Film-fleuve hypnotique et extraordinairement maîtrisé, Le Rire et le Couteau aspire, d’un bout à l’autre, l’esprit du spectateur sans lui laisser d’autre répit que celui de l’immersion contemplative dans les réalités qu’il dépeint. Le récit d’initiation qu’il déroule vient questionner toute la charge de l’héritage colonial et trahir, les unes après les autres, les failles et les carences du regard eurocentré, se livrant dans un style proche du documentaire à une étude socio-anthropologique puissante et profonde, sur les réminiscences du colonialisme et l’impact des emprises qui s’y perpétuent sur les rapports entre individus. J’en ai été absorbé, enlevé, en somme ravi dans tous les sens du terme… Mais surtout, je suis entré dans le rêve et, comme les personnages, me suis laissé perdre, très loin, sans m’ennuyer un seul instant. Les 3h40 ont filé à toute allure, sans même que je ne m’en rende compte — ce qui est la marque d’une virtuosité rythmique indéniable.
Cette œuvre, ample et originale, m’a conquis en ce qu’elle est tout entière traversée par le désir de fuir les pièges d’un Progrès duplice et dévorant, de surmonter les obstacles de la différence et de transcender ses origines… Autrement dit, de renaître à soi-même dans un Ailleurs aussi corrompu et pollué que l’Ici, mais où le miracle d’une authentique rencontre avec l’Autre et le fond de l’existence est encore possible — pour peu que l’on consente à s’y mettre en péril.
4. NUIT OBSCURE - "AIN’T I A CHILD ?" de Sylvain GEORGE
À travers ce film, dernier volet de sa trilogie dédiée aux harragas — “ceux qui brûlent” —, jeunes migrants clandestins en provenance du Maghreb, Sylvain George nous parle avec sensibilité d’un enfer tout proche, devenu presque familier, tragiquement insoupçonné au cœur même de l’ordinaire… D’une capitale prospère — notre Paris — où des enfants, entrés prématurément et par force dans l’âge adulte, errent et se perdent, sans cesse contraints de fuir, de se cacher, dans une course éperdue aux papiers qui feront peut-être d’eux, un jour, enfin, des inclus — et la fierté lointaine des proches laissés au pays.
Il s’agit ici de rendre la parole à ceux qui ne l’ont jamais, mais également de donner à lire un mouvement d’opposition, politique et résolument poétique, à toutes les formes de déshumanisation ; aux représentations idéologiques dominantes à l’endroit des oubliés de tous les temps et de tous les lieux, dont la réalité des trajectoires échappe à toutes les conceptions réductrices que nous en avons… De recueillir le témoignage des grands absents du débat qui pourtant les concerne. De leur restituer, par le choix d’une approche cinématographique soucieuse d’en défendre la cause, la dignité que les lois de la ségrégation économique ou les affres de l’exil leur ont trop souvent dérobée.
Un brûlot de cinéma qui nous rappelle — et nous savons combien ce rappel nous est salutaire — que l’identité formelle d’une œuvre filmique, son processus de réalisation et son rapport au temps, tout autant que son fond, dépassent de loin les seuls enjeux artistiques pour toucher à la vie humaine dans son ensemble. Pour le dire autrement : que le choix d’une esthétique, dès lors qu’il se fait conscient des aspirations qu’il porte, est toujours celui d’une éthique.
5. LES LOUPS d’Isabelle Prim
Tant en raison de son audace formelle et de son intelligence que pour les enjeux humains passionnants qu’il soulève, j’ai été véritablement happé par Les Loups… Une œuvre libre, inventive et à la sensibilité unique, qui explore les liens possibles entre le cinéma de poésie, les philosophies du soin et l’exhumation d’un passé légendaire. Par sa maîtrise virtuose du montage et de la narration, Isabelle Prim y démultiplie le théâtre plus vrai que nature d’une souffrance d’exister soignée ou transcendée par les puissances du rêve, du jeu et de la fantaisie créatrice, signant un hommage splendide à toutes les psychologies singulières que la déréliction guette…
Ce film courageux, dont l’humour délicat et subtil ne vient jamais altérer la vive tension émotionnelle, nous livre un propos édifiant et réparateur à l’éloge de l’altérité, des chemins de traverse et de toutes les révolutions de l’Intime, pour enfanter entre ombre et lumière, à la confluence des siècles, une vérité saisissante, abolissant toute démarcation réductrice entre folie et raison.
À voir absolument.
6. PUT YOUR SOUL ON YOUR HAND AND WALK de Sepideh FARSI
Ce monument à nul autre pareil, intégralement constitué d’appels vidéo enregistrés par la réalisatrice avec une photojournaliste gazaouie, délivre le récit bouleversant d’une relation nouée, vécue et grandie par écrans interposés, pendant près d’un an, en dépit de tout : des coupures de réseau, des bombardements, de la faim, de la fatigue, de l’ombre de la mort qui planait (et plane encore) au-dessus de Gaza. Sepideh Farsi y recueille, avec intelligence et pudeur, le témoignage et la voix de Fatima Hassouna, dite Fatem, poignante figure de la résistance à l’infamie par l’exemple, qui porte l’œuvre de bout en bout et dont nous avons appris la mort sous les bombes quelques jours à peine avant la sortie du film à Cannes.
Déterminé, comme son héroïne, à exister et propager son étincelle bien au-delà des horreurs de la guerre, Put Your Soul on your Hand and Walk est pour moi une offrande au monde : la plus belle réponse, vraie, frontale et probablement indépassable, qu’une cinéaste pouvait formuler, presque de l’intérieur, à l’ignominie du massacre infligé aux Palestiniens — image de tous les crimes et de toutes les atrocités perpétrées sur les plus vulnérables.
Un film coup-de-poing, déchirant mais toujours irradié par la foi et le sourire de Fatem, d’une lumière de vie et de liberté, qui hante durement et longtemps nos regards après qu’on l’ait vu.
7. KONTINENTAL ‘25 de Radu Jude
À travers ce nouveau chef-d’œuvre corrosif et brillant, Radu Jude réaffirme la volonté que nous lui connaissons d’approfondir sans cesse plus avant, hors des sentiers battus, son autopsie critique du monde actuel et des naufrages de la société roumaine, formulant pour ce faire une excellente réponse de son cru à l’Europe ‘51 de Rossellini, ou plus exactement une sorte d’actualisation de la réflexion que celui-ci portait sur le sens de l’engagement et de la culpabilité.
Dans ce film aussi astucieux que profond, tout est choisi, pesé, questionné, porteur de sens ; chaque plan travaillé, de sorte que le fond et la forme dialoguent et s’interpénètrent continuellement, dans un profond souci de cohérence et de clarté. L’épure et le minimalisme qui le caractérisent, son dépouillement visuel, servent largement son propos en en faisant saillir l’essentiel : la crédibilité de son personnage principal et le sens élevé de sa quête, dépeints avec une acuité psychologique et réflexive égale à celle de Rossellini — bien plus crûment de toute évidence, mais dans un respect de la faillibilité humaine qui implique, en toute noblesse, l’absence (ou presque) de jugement.
Dernier jalon, déjà incontournable, d’une filmographie singulièrement passionnante et disruptive, Kontinental ’25 m’a grandement séduit par la justesse avec laquelle il aborde le sentiment de la faute, mais surtout le processus de rédemption né du remords — qui constitue indéniablement le moteur central ou la “colonne vertébrale” de l’œuvre.
MENTION SPÉCIALE : SEPT PROMENADES AVEC MARK BROWN de Vincent BARRÉ
J’ai été charmé par l’élégance de ce geste cinématographique singulier, qui invite le regard, à travers un dispositif reproduisant à l’échelle très amplifiée d’un long métrage le principe fondamental du champ / contre-champ, à considérer avec minutie et sous des angles différents, des espaces et des corps identiques dont les variations se répondent.
Creton et Barré nous plongent dans une relation au temps et à l’espace qui bouleverse nos repères et nous pousse, en douceur, pas à pas, au dépouillement ; à une kénose profane, individuelle et collective, par laquelle notre enveloppe charnelle s’évade, renouant avec son origine, son essence et sa pureté… Un rappel sensible, presque thérapeutique, de l’humble splendeur et de la complexité des forces naturelles qui nous précèdent, mais que nous feignons de surpasser, au terme convenu d’une évolution où l’Homme n’est en réalité qu’un fragment de vie volatile dans l’abîme du temps.
À la croisée de l’essai documentaire contemplatif, de l’herbier filmique et du cinéma de poésie, Sept Promenades avec Mark Brown est une invitation à méditer, offrant à notre œil de ne faire qu’un avec celui du botaniste ; de se faufiler à travers les replis et les interstices d’un visible trop souvent négligé, aux richesses duquel nos existences rapides n’accordent qu’une attention restreinte… Une œuvre conviant nos corps à étreindre et intégrer, voluptueusement quoique par procuration, ce grand tout organique, en communion avec le végétal et ses mystères.




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