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TOUTES MES SOEURS de Massoud Bakhshi

  • Angie Roinel
  • 2 juin
  • 2 min de lecture

LE MOT : ÉVOLUTION 

« Grandir à Téhéran au 21ᵉ siècle », en tant que fille et future femme. Le réalisateur iranien Massoud Bakhshi  a filmé ses trois nièces, Zahra, Mahya et Maleka, de 2007 à 2025. À travers les yeux de sa caméra, le réalisateur capture une évolution à double échelle durant dix-huit ans. D’abord l’évolution de ces nièces qui grandissent à l’école, avec leurs jeux et au contact des deux autres. Et puis l’évolution de la société iranienne jusqu’au mouvement « Femme, vie, liberté » (mais avant la guerre lancée par Donald Trump).

Au contact de cette société, ce sont bien ces trois filles qui tentent de vivre et de choisir leur voie, comme toutes celles de leur génération.


L’évolution d’une société par un regard féminin

Dès le début du film, Massoud Bakhshi nous présente les règles prises lors de son tournage mais surtout de sa post-production. Un cadrage serré, selon les principes de la télévision iranienne, des séquences coupées pour des vêtements pas assez adaptés, et un ajout de brouillard pour cacher les cheveux de ses nièces qui ne portaient pas leurs voiles.

Le vêtement, qui a une place plus que capitale, tant dans ce film que dans ce monde qui scrute le corps des femmes/filles. En Iran, en l’occurrence, une fille doit obligatoirement porter le hijab dès 9 ans. L’aînée, qui encore enfant affirmait qu’elle « s’en fichait » qu’on voie son corps, quand son t-shirt remontait au niveau de son ventre. Vers la fin du film, et donc vers les années 2025, on retrouve une séquence de bar y figurant une diversité de femmes portant hijab ou non. Malgré un contrôle du corps des femmes toujours omniprésent, cette évolution s’est faite avec les femmes qui souhaitent en reprendre le contrôle. 


Des petites filles qui grandissent

Au milieu de tout cela, existent deux petites filles rejointes plus tard par leur petite sœur. On suit leurs jeux, leurs bêtises et la construction de leur caractère. Elles grandissent au contact de leurs parents, de leur oncle (le réalisateur), de leur grand-mère, et autour des sources d’information (la télé et la radio). En tant que spectateur, on connaît le contexte et la signification de ces événements qui se déroulent au niveau médiatique. Mais ces petites filles ne comprennent pas encore. Puis, lorsqu’elles grandissent, elles entrent au contact des réseaux sociaux (Telegram). Et là, elles comprennent. Leurs questionnements se transforment en colère. 


L’intergénérationnel et la colère d’une génération

En 2022, Mahsa Amini, 22 ans, est assassinée par la police des mœurs iranienne. Le slogan politique Jin, Jiyan, Azadi (Femme, Vie, Liberté) sera ensuite repris en manifestation. Dans une autre séquence nocturne, les trois sœurs sortent sur les toits de la ville, sans se faire remarquer, pour prendre part aux manifestations. Ce cri de colère se traduit aussi par une séquence de cuisine où les deux plus grandes tentent de partager leur détresse politique à leur famille. C’est cette colère et cette volonté de faire bouger les choses qui alimentent leur génération et ces trois filles.


À travers ce regard, Massoud Bakhshi  signe un documentaire très poignant, qui résonne dans un contexte de volonté, de changement, d’évolution.


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