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ENTRETIEN avec Hasan Hadi pour son film LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT

  • Louise Devillers
  • 3 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 févr.

En janvier 2026, notre rédactrice Louise Devillers a eu la chance de rencontrer Hasan Hadi, réalisateur du long-métrage Le Gâteau du président, qui sort en salle le 4 février.


Le Gâteau du président se déroule en Irak en 1991. Lamia, neuf ans, a été choisie pour faire le gâteau d’anniversaire du président Saddam Hussein. Elle n’a que quelques jours pour trouver les ingrédients sans quoi, elle et Bibi, sa grand-mère et unique famille, seront sévèrement punies.


Une femme âgée et une jeune fille sont sur une barque, la nuit, à la lueur d'une lampe à huile et de la Lune

Louise : Merci beaucoup pour votre temps.


Hasan : Merci.


Louise : Votre film a déjà reçu une dizaine de prix, parmi lesquels la Caméra d’Or et le Choix du public de la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes. C’est un début impressionnant. Pensez‑vous que vos expériences de journaliste, de producteur et de professeur vous ont aidé à réaliser ce premier film ?


Hasan : Je pense que chaque étape de ma vie m’a aidé à faire ce film, et de manière plus générale, à devenir cinéaste.


En tant que journaliste, j’ai appris quelles histoires raconter et comment les raconter. Il y a tellement d’histoires, il faut choisir celles qu’on veut partager avec le public !


Étudier le cinéma à l’université m’a donné une meilleure compréhension des films que je voulais faire.


Et enfin, le fait d’avoir grandi en Irak m’a donné les billes pour composer tout l’univers visuel et les dialogues du film.


Louise : Comment vous sentez‑vous ? Vous attendiez‑vous à un tel succès ?


Hasan : Je me sens très bien, et je suis très honoré et reconnaissant que le film ait été accueilli avec autant d’enthousiasme à Cannes et dans les autres festivals. Le film sort en salles en France, dans le reste de l’Europe, aux États-Unis, au Canada, au Moyen‑Orient... C’est ce qu’un cinéaste souhaite le plus : que le film soit vu et touche les spectateurs. C’est une histoire très personnelle et très locale mais d’une certaine manière, elle a trouvé un public universel.


Mais le plus important pour moi, c’est l’accueil très chaleureux que le public irakien a réservé au film.


Louise : Y a‑t‑il eu des projections en Irak ?


Hasan : Oui, nous avons fait une sortie limitée en Irak, qui a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. Et nous y prévoyons une sortie plus large en mars.


Louise : D’accord. Donc après la France ?


Hasan : Oui, après la France, car en Irak, pendant le Ramadan, les cinémas ralentissent leur activité.


Louise : Ah oui, bien sûr.


Vous avez été choisi pour apporter des fleurs pour l’anniversaire de Saddam Hussein quand vous étiez petit. Certaines des aventures qui arrivent à Lamia dans le film vous sont‑elles réellement arrivées ?


Hasan : Oui, je me suis largement inspiré de mes souvenirs d’enfance, mais aussi de ceux d’amis et de membres de ma famille.


Louise : Y a‑t‑il un peu de vous dans ces enfants, Lamia et Saeed ?


Hasan : Je pense qu’en tant que cinéaste, on essaie toujours de mettre un peu de soi dans chaque film, dans chaque histoire, car on veut s’approprier ce qu’on raconte.


Je me retrouve dans la malice de Saeed et la persévérance de Lamia.


Louise : Dans Le Gâteau du président, vous montrez l’impact de la guerre sur les citoyens, en particulier sur les plus vulnérables : les enfants et les personnes âgées. Vous montrez aussi de nombreux hommes estropiés revenant du front. Vous choisissez de vous concentrer sur des femmes : une jeune fille, Lamia et sa grand‑mère, Bibi. Pourquoi des femmes plutôt que des hommes ? Souhaitiez‑vous mettre une distance entre vous et le personnage principal, ou est‑ce autre chose ?


Hasan : Les femmes et les enfants sont les premières victimes des guerres et des dictatures. Dans une société dominée par des règles masculines et patriarcales, je trouvais important de placer Lamia et Bibi au premier plan. Je voulais que chaque Irakienne soit au premier plan.


Louise : Les adultes se disputent, se battent, les enfants doivent réparer les dégâts : ils doivent amener la femme enceinte à l’hôpital, trouver les ingrédients pour le gâteau, affronter la mort d’un proche. C’est injuste. Une partie de leur enfance leur est volée. Avez‑vous vous‑même vécu ce transfert de responsabilité d’adulte à enfant quand vous étiez plus jeune ?


Hasan : Oui. C’était la guerre, une période de bouleversement, où les enfants étaient traités comme des adultes, où il était même mal vu qu’un enfant ne quitte pas l’école pour aider ses parents à trouver de la nourriture. Je voulais montrer l’impact de la guerre sur l’innocence et sur l’enfance. C’est un film où les adultes sont des enfants et les enfants des adultes.


Louise : Tout rappelle constamment la guerre : les peintures militaires sur les murs, les avions dans le ciel, le manque de nourriture… Était‑ce difficile de revenir sur cette période et de revivre vos souvenirs ? Ou était-ce au contraire cathartique ?


Hasan : Ce tournage était intense en émotions car j’ai fait appel à beaucoup de souvenirs très personnels. J’ai aussi fait appel à des souvenirs de personnes proches, qui ont été victimes de Saddam. Il m’est arrivé de me demander : si Saddam savait que je faisais ça, me laisserait‑il vivre ? Ou m’éliminerait-il ?


Alors oui, pour moi, c’était un peu cathartique.


Louise : La musique tient une place importante dans le film. Elle illustre très bien la quête de Lamia.


Hasan : Nous voulions être très minimalistes dans notre approche musicale. Je pense que le film n’aurait pas supporté beaucoup de musique.


Il n’y a pas de musique originale. Nous avons choisi des morceaux existants de oud, l’un des premiers instruments de musique, découvert en Mésopotamie [ndlr : là où se déroule l’intrigue].


Je ne voulais pas seulement montrer l’Irak, je voulais qu’on la sente, qu’on la touche, qu’on ressente sa texture. Je sentais que le oud pouvait stimuler tous les sens des spectateurs.


Louise : Lamia est proche d’Hindi, son coq. Pourquoi avoir choisi cet animal ?


Hasan : Les coqs ont une signification dans la culture locale. Ce sont des animaux prophétiques. On dit que chaque fois qu’ils chantent, c’est parce qu’ils voient soit le diable, soit un ange. Et dans le film, chaque fois qu’Hindi chante, c’est parce que quelque chose de bon ou de mauvais est sur le point d’arriver.


Louise : D’accord, donc ce n’est pas juste un jeu entre elle et son coq, c’est en réalité un symbole très vaste.


Hasan : Oui, il a une signification beaucoup plus profonde.


Louise : D’accord.


Dans le dossier de presse, vous dites que certains aspects administratifs comme les demandes d’autorisation de tournage étaient plus légers en Irak que dans d’autres pays, et que par ailleurs les locaux avaient été très accueillants et aidants. Pourtant, vous dites que le tournage a pris beaucoup de temps. Pour quelles raisons ?


Hasan : Pour plusieurs raisons : nous travaillions avec des acteurs non-professionnels, il s’agissait d’une reconstitution du passé, nous tournions avec des foules, nous tournions sur l’eau… Ce n’était pas possible d’obtenir un bon résultat en tournant rapidement ou en négligeant certains aspects.


Nous tournions sur l’eau, donc, chaque fois que nous disions « couper », cela signifiait quarante minutes de remise en place pour refaire la scène : il fallait que les bateaux reviennent, expliquer aux acteurs non-professionnels pourquoi on recommençait la scène…


Il y avait beaucoup de contraintes techniques, logistiques, qui ont parfois eu un impact sur la création.


Louise : Pourquoi avoir choisi des acteurs non-professionnels ?


Hasan : Cette histoire nécessitait une forme de réalisme. J’ai pensé que des acteurs non-professionnels offriraient plus de justesse que des acteurs professionnels. Aujourd’hui, beaucoup des personnes qui découvrent Le Gâteau du président pensent qu’il a une touche documentaire, et c’est précisément grâce aux performances et aux visages des acteurs non-professionnels.


Louise : Question traditionnelle du Dernier Mot de Trop : si vous deviez choisir un seul mot pour évoquer ce film, lequel serait‑ce ?


Hasan : Nostalgie.


Louise : D’accord. Merci beaucoup.


Hasan : Merci beaucoup.


Le Gâteau du président sort le 4 février en France. Ne le manquez pas !



 
 
 

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