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GARANCE de Jeanne Herry

Alessia Paris
il y a 5 heures
3 min de lecture
Une femme debout fume une cigarette, les bras croisés

LE MOT : EXISTER

A la suite de la projection du film Garance, plusieurs mots me sont venus à l’esprit : RÉPARATION, DOUCEUR, EXISTER, VIVRE, SENSIBILITÉ, BÉQUILLE.


Et une phrase est apparue dans ma tête : Vivre, c’est pas facile. 


Garance est une jeune comédienne pleine d’ambition, qui se retrouve à sombrer dans l’alcoolisme petit à petit. On suit le personnage principal sur 8 années de sa vie. Entre rencontres improbables, déceptions et changements de vie, Garance va se retrouver émotionnellement mise à l’épreuve. Son alcoolisme devient sa confidente, son amie, son identité. Ce qui m’a profondément touché dans ce film c’est qu’il ne parle pas d’alcoolisme de manière générale mais de l’alcoolisme de Garance. La force de Jeanne Herry est qu’il n’y a jamais aucun jugement ni de sa part ni de la part de ses personnages. Ses dialogues sont d’une pudeur et d’une honnêteté désarmante. Une parole libre, proche du documentaire qui donne tout le rythme au film. On retrouve souvent des plans très close-up qui transpercent l’âme du personnage presque malgré lui. On retrouve une vraie intimité dans le rapport à l’image. Garance est souvent la seule à l'écran, même sur les plans plus larges, pour accentuer la solitude qu’elle vit. Même dans l’échange avec son médecin, c’est un champ-contrechamp qui est utilisé. Le montage est simple, à l’image des films documentaires. 


Dans ce long métrage, Garance s’excuse constamment d’exister car parfois “vivre, c’est pas facile”. Elle a choisi d’être comédienne car sa sensibilité la dépasse souvent : elle a une empathie extrême et aime profondément l’être humain, au point qu'elle se retrouve souvent déçue. Elle devient esclave de sa propre sensibilité et préfère fuir la réalité grâce à l’alcool. Cependant, à aucun moment on ne se dit que Garance est faible face à la dureté de la vie. Au contraire, Jeanne Herry sublime sa force tout au long du film. Garance se relève à chaque fois et essaye tant bien que mal de rêver et d’avoir de l’espoir, que ce soit dans sa vie professionnelle, sa vie amoureuse ou dans ses amitiés. C’est ce qui la rend forte à mes yeux.


Garance fait la rencontre de Pauline, elles tombent amoureuses. On pourrait croire que la relation avec Pauline la sauverait, comme on l’a toujours entendu. Mais Pauline va l’aimer malgré ça sans jamais la juger. Elle lui fait juste comprendre que quand elle sera prête à enlever sa béquille, Garance pourra s’appuyer sur elle pour continuer à avancer. Pauline l’aime-t-elle malgré son alcoolisme ou avec son alcoolisme ? Nous ne sommes pas qu’une chose, nous sommes multiples. Pauline l’a compris et ne veut pas laisser cette addiction définir Garance ou leur relation. 


Ce film est désarmant de justesse et de complexité. Chaque personne a sa part d’ombre et de lumière. La médecin qui fait prendre conscience à Garance qu’elle doit se reprendre en main symbolise la violence de la vie. Honnête, brutale, incisive mais aussi réparatrice. Tout est une histoire d’équilibre. Équilibre que Garance a perdu à cause de l’alcool et qu’elle retrouve grâce aux femmes dans sa vie. Je trouve ce film très beau et doux. Garance est avant tout une femme qui s’est perdue. À la fin du film, on a l’impression qu’elle a vécu 1000 vies et qu’on a assisté à toutes ces histoires. On a de l’empathie pour chaque personnage croisant sa route. La justesse du jeu est toujours impressionnante. 


Ce film ne laisse pas indifférent. Grâce à sa délicatesse de réalisatrice, Jeanne Herry nous propose de voir l’addiction avec d’autres yeux, les yeux de la personne addict. Une réussite selon moi.

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