TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA de Jane Schoenbrun

LE MOT :
Nouvelle coqueluche du cinéma indépendant américain, auréolée du succès de son précédent long métrage I Saw The TV Glow (2024), Jane Schoenbrun ouvrait l’édition 2026 du Certain Regard du festival de Cannes avec son troisième long-métrage, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, un titre qui fleure bon la fin de cuvée d’une quelconque franchise de slasher, ce qui n’est pas un hasard, puisque le film prend pour objet la mode des reboots de licences d’horreur vaguement cultes en délitement. On y suit donc une jeune cinéaste indépendante, interprétée par Hannah Einbinder et évident alter-ego de Jane Schoenbrun, missionnée pour rebooter Camp Miasma, série de slashers à succès des années 80, qui ressemble en gros à à peu près n’importe quelle franchise du genre (Vendredi 13 et Massacre au camp d’été en tête de liste). Dans cet objectif, elle va rencontrer la final girl du premier film, interprétée par Gillian Anderson, avec qui elle va développer une relation troublée et troublante.
D’une certaine façon, le film est à l’image de sa protagoniste : très (trop) cérébral et intellectualisé, s’enfermant dans un namedropping permanent et infernal (qui va jusqu’à la présentation du film à Cannes, Schoenbrun et ses actrices ayant reproduit le photoshoot de Lynch, Watts et Harring à la présentation de Mulholland Drive en 2001) qui rend le métrage parfois assez désagréable, puisque le métatexte que produit le film semble toujours plus important que le réel du vécu des personnages : on a l’impression d’assister à un exposé universitaire sur le rapport des marges au slasher industriel, un exposé qui peut d’ailleurs apparaître (mais ce serait à mon sens une erreur d’appréciation) comme particulièrement cynique, avec toutes les références aux producteurs américains faussement progressistes, les articles de revues de seconde zone sur tel ou tel aspect problématique de tel ou tel film, qui finit par faire ressembler le film à un empilement de sujets de conversation pour cinéphile cool de 2026, et qui comme toute conversation de cinéphiles cool en 2026, se trouve fissuré par un angle mort absolument gigantesque, qui est le caractère industriel de la production, un cadre intellectuel et de représentation dont Camp Miasma peine à sortir.
Vendu comme un hommage aux slashers, le film est en réalité un genre de long pensum sur le sujet, où Schoenbrun va mixer des morceaux de réflexion vaguement progressistes sur les codes de représentation du genre (en oubliant totalement au passage que le slasher est, par essence, réactionnaire, et que les saillies transphobes émaillant certains classiques du genre ne sont que la partie émergée de l’iceberg), avec des reconstitutions de séquence-types, assez réjouissantes par ailleurs du fait de leur violence, d’autant que le tueur de son film, Little Death, est assez maladroit et inexpressif pour devenir rigolo (même si l’axe trop théorique du long métrage revient dès le nom de cette créature). Au final, le film de Jane Schoenbrun ne fonctionne vraiment que dans les rares moments où elle lâche l’attirail théorique pour créer du lien entre ses deux personnages, dont la relation est assez touchante. Mais même cela ne mène finalement qu’à une pirouette psychanalytique autour des rôles de tueur et de victime, dans un moment de grand n’importe quoi narratif dont l’indiscutable réussite visuelle ne l’emporte pas sur la vacuité sémantique. Et quand bien même il est touchant de voir une personne queer disserter sur son rapport, il est vrai, très spécifique, à une cinématographie dominante qui, a priori, devrait la laisser en marge (voire la rejeter plus violemment encore en fonction des représentations qui s’y jouent), le film est tellement autocentré et engoncé dans son babillage théorique que ses explosions de violence et de sexualité semblent très lointaines et peu incarnées, comme des passages obligatoires pour discourir un peu plus.
Perclus d’angles morts, de discussions interminables et de clins d’œils appuyés à une certaine forme de cinéphilie américaine, Teenage Sex and Death at Camp Miasma n’est pas inintéressant, mais est tellement replié sur lui-même qu’il en oublie de s’appliquer son propre discours critique, en n’incarnant jamais assez son propos, sinon par les codes assez pornographiques du slasher, codes qui permettent difficilement d’incarner un propos. C’est bien dommage, car l’idée et les interprètes étaient au rendez-vous, mais en l’état, autant ouvrir un bouquin théorique sur le sujet.



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