LA VIE D'UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet

LE MOT : LIBERTÉ
Et si, depuis le début, cette histoire était celle de nous toutes ?
Une Gabrielle qui marche dans la rue sans enfant.
Une Marion qui aime son mari mais prend un amant.
Une Estelle qui s’inquiète pour sa mère atteinte d’Alzheimer.
Une Margaux qui se fait abandonner par son meilleur ami.
Et si la vie, finalement, c’était simplement ça : se laisser porter par les expériences, bonnes ou mauvaises, avec l’espoir de finir par trouver une forme de bonheur ?
C’est ce que nous propose Charline Bourgeois-Tacquet avec La Vie d’une femme, porté par une Léa Drucker absolument magnifique dans le rôle de Gabrielle.
Le film est construit comme un roman, découpé en chapitres, comme si l’on feuilletait les différentes étapes d’une vie. Et cette vie, c’est celle d’une femme de 55 ans qui semble avoir tout accompli : une vie personnelle, une vie professionnelle, des amis… mais qui se retrouve finalement confrontée à tout ce qu’elle pensait avoir déjà compris.
Parce qu’ici, les règles ne sont pas vraiment faites pour être respectées. Elles sont surtout faites pour être brisées.
Le film avance crescendo, presque comme la charge mentale qui pèse sur Gabrielle. Tout s’accélère : sa vie professionnelle, ses relations, sa famille, ses désirs… jusqu’à ce qu’elle n’ait plus vraiment le temps de respirer.
Et puis il y a Frida, interprétée par Mélanie Thierry.
Cette rencontre va bouleverser le cours de son histoire, mais aussi l’histoire qu’elle est justement en train d’écrire en tant qu’écrivaine.
La Vie d’une femme, c’est aussi un film sur l’écriture. Sur le fait de transformer sa vie, ses expériences, ses blessures et ses désirs en récit. D’en faire une matière littéraire, parfois au risque de brouiller les frontières entre ce que l’on vit et ce que l’on raconte.
Surtout, le film aborde énormément de sujets de société : la réussite des femmes, leurs désirs, le sexe, l’amitié, la famille, la maternité… ou plutôt le choix de vouloir des enfants ou de ne pas en vouloir.
On a presque l’impression d’être une petite souris qui observe Gabrielle vivre, à travers toutes les facettes possibles de son existence.
J’ai particulièrement aimé le fil conducteur autour de la famille et de sa mère. Cela dit quelque chose de très juste sur les attentes que nos parents peuvent avoir pour nous, sur leurs envies qui ne sont pas forcément les nôtres, et surtout sur cette reconnaissance que l’on peut parfois attendre toute notre vie sans jamais l’obtenir.
Gabrielle continue pourtant de prendre soin d’une mère qui, finalement, ne s’est jamais vraiment occupée d’elle.
Et c’est là que le film devient particulièrement intéressant : il interroge aussi cette forme de devoir que la société impose aux femmes. Être une bonne fille. Une bonne mère. Une bonne épouse. Une femme accomplie.
Et puis il y a l’amour.
Découvrir une attirance pour une femme à plus de 50 ans, sans que le film cherche à en faire quelque chose d’extraordinaire ou de scandaleux.
Et c’est peut-être justement ça qui m’a le plus touchée.
Voir deux femmes nues, voir leur sexualité, leur désir, leur intimité, filmés avec autant de naturel, sans chercher à fantasmer leurs corps.
C’est rare. Et c’est important.
Je voulais aussi souligner la beauté des dialogues. Certaines scènes sont extrêmement intenses et surtout très bien écrites.
Il y a notamment cette phrase de Gabrielle qui m’est restée :
« Je ne suis pas une victime parce que je suis une femme. »
Et une autre :
« Je ne suis pas une victime de mes choix. »
Je trouve que ces deux phrases résument parfaitement le propos du film.
Gabrielle ne cherche pas à être définie par ce qu’elle aurait dû faire. Elle assume ses choix, même lorsqu’ils ont des conséquences.
Visuellement aussi, j’ai trouvé le film très cohérent.
On passe de la ville à l’hôpital, de la maison où tout semble parfois étouffant à la montagne. Et cette randonnée, ce séjour avec Frida, devient presque une respiration.
Une parenthèse.
Une bouffée d’air frais.
Un moment suspendu où Gabrielle peut enfin se découvrir autrement, et découvrir l’autre.
Mais évidemment, la vie ne reste jamais suspendue très longtemps.
Puis vient le moment où tout s’effondre. Un monde qui s’écroule autour d’elle.
Parce que La Vie d’une femme ne raconte pas une vie parfaite. Et heureusement.
Il raconte aussi cette idée que la vie peut parfois nous abandonner. Que certaines rencontres sont peut-être faites pour durer seulement un temps. Et que certaines étreintes, aussi belles soient-elles, ont peut-être une date limite.
Et c’est peut-être ça, finalement, grandir : accepter que tout ne soit pas fait pour durer, sans pour autant regretter de l’avoir vécu.
Parce qu’au fond, La Vie d’une femme raconte surtout la liberté d’une femme de 55 ans de choisir sa vie, ses désirs, ses erreurs et ses renoncements, sans avoir à demander la permission de correspondre à ce que l’on attend d’elle.




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