HAMNET de Chloé Zaho
- Noémie Wehrung et Mathis Gautherin
- 20 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 janv.

NOÉMIE WEHRUNG
LE MOT : EXCELLENCE
Hamnet, réalisé par Chloé Zhao et adapté du roman de Maggie O’Farrell, est un film profondément sensible qui choisit une narration lente. L’histoire met un peu de temps à s’installer dans sa première partie, mais la seconde heure gagne en force et en clarté émotionnelle, révélant toute la pertinence de cette installation progressive.
Ceci permet au spectateur de s’immerger dans un univers intime où la douleur et les silences prennent une dimension essentielle, rendant la conclusion d’autant plus poignante.
Le film explore la naissance d’un amour passionnel et fondateur, présenté comme essentiel dans le processus créatif de Shakespeare, non comme un génie détaché, mais comme une âme tourmentée par la perte et le manque.
Le jeu des acteurs renforce puissamment cette émotion. Les décors et les ambiances lumineuses, notamment à travers les lueurs à la bougie, et les intérieurs en bois baignés d’une lumière diffuse, créent une esthétique intime qui est parfaitement maîtrisée et qui reflète une époque authentique.
La nature, la maternité et l’art s’entrelacent constamment, mettant en parallèle les cycles de la vie, la douleur de la perte et la nécessité de créer, jusqu’à faire émerger une réflexion profonde sur le deuil lui-même : l’art apparaît t-il comme un vecteur de cette souffrance ?
Un moyen de lui donner une forme, de la rendre habitable et de permettre au disparu de continuer d’exister autrement.
MATHIS GAUTHERIN
LE MOT : DEUIL
Hamnet de Chloé Zhao est un film qui avance doucement et qui touche là où ça fait le plus mal. Ce n’est pas un film biopic sur le génie de Shakespeare. Mais sur le deuil maternel, sur l’absence, sur ce qu’il reste quand une famille perd un enfant. Sur ce vide impossible à combler, avec lequel il faut apprendre à vivre. Le cœur du film, c’est Agnès, incarnée par Jessie Buckley, qui est absolument bouleversante sans jamais forcer et rentrer dans le trop plein d'émotions. Tout passe par son corps, son regard, sa façon d’habiter le manque. Elle incarne une mère brisée, mais aussi une femme profondément connectée au monde invisible, au spirituel. On ressent la douleur dans chaque silence, chaque regard.
La mise en scène vient appuyer et accompagner cette douleur : caméra proche, lumière naturelle, gestes simples et non théâtraux. Rien n’est appuyé. Le film laisse de la place au spectateur pour ressentir, pour se souvenir, pour projeter sa propre douleur et à ce qui ne peut pas être dit après une perte pareille. La reconstitution de l’époque est immersive, mais n’occupe pas une place omniprésente et pesante : les décors ne contrecarrent pas l'acting, ils l’accompagnent. On n’est pas dans le décor, mais dans l’intime. Face à Agnès, il y a Paul Mescal qui incarne un Shakespeare vulnérable, rongé par la culpabilité, et incapable de réparer quoique ce soit, sinon en écrivant. Il passe la plupart de son temps à Londres, car obsédé par son travail de dramaturge. On peut d’abord être du côté d'Agnès, lui reprocher son absence, son égoïsme. Et puis le film nuance progressivement cela, en montrant que l’écriture de Hamlet devient une tentative de survie, un exutoire à sa douleur.
D’ailleurs, le titre en dit beaucoup : Hamnet, c’est le fils réel de Shakespeare, mort enfant. Hamlet, c’est le personnage de la pièce. À l’époque, les deux prénoms étaient presque interchangeables, et le film montre comment la mort de Hamnet se transforme, par l’art, en Hamlet.
La fin est pour moi, l’un des moments les plus beaux du film. Quand Agnès tend la main vers l’acteur qui joue Hamlet mourant, le théâtre devient un espace de catharsis collective. L’art ne guérit pas, mais il permet de transformer la douleur, de lui donner une autre forme, pour peut-être mieux la supporter.




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