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HOLDING LIAT de Brandon Kramer

  • Ruben Mariage
  • 1 avr.
  • 4 min de lecture
Un homme descend des escaliers

LE MOT : ÉPICENTRE

7 OCTOBRE 2023

Le monde entier tourne les yeux vers la bande de Gaza où, cette nuit-là, plusieurs

commandos du Hamas traversent la frontière avec Israël et attaquent plusieurs kibboutz,

dont celui de Nir Oz, où vit Liat Beinin Atzili. Quelques heures plus tard, ses parents

apprennent, à la télévision, qu’elle et son mari font partie des otages capturés par le Hamas durant cette nuit tragique. Démarre alors une course contre la montre pour sa famille, qui tente désespérément de mobiliser les autorités, en Israël et aux États-Unis, afin de libérer leur fille. Une plongée édifiante dans le monde de la diplomatie et un témoignage à l’instant T, au sein d’une famille, d’une tragédie qui a fait basculer la région dans un conflit ouvert.


UN FILM EN IMMERSION

Une fois l’introduction passée, Holding Liat est un film tunnel où l’on peine à

reprendre son souffle. Le protagoniste principal du film est le père de Liat : Yehuda. On le suit depuis sa télévision, le matin du 7 octobre, puis à Washington, au Congrès, et à New York, dans tous les événements et mobilisations en lien avec l’événement. Yehuda est un ancien diplomate israélien en mission aux États-Unis. Il a une influence significative dans la communauté sur place et conserve encore beaucoup de relations, au vu de sa notoriété passée. La situation de sa fille le propulse donc au-devant de la scène. Une large exposition médiatique qui présente un avantage au début, mais qui devient rapidement un poids dans cette course contre la montre. Yehuda veut éviter la confusion et empêcher l’escalade, car il connaît la situation… Il y a toujours une caméra prête à suivre et recueillir le son et l’image dans son périple. Il comprend les enjeux et il a un objectif clair : libérer Liat. Mais tout le monde n’est pas d’accord sur la méthode. À travers Yehuda, on est immergé dans différentes visions d’une situation, d’un conflit et d’un pays, en l’occurrence Israël. La multitude de ces points de vue est incarnée par sa propre famille : sa femme, qui tente de calmer Yehuda ; son petit-fils, qui l’accompagne partout aux États-Unis ; son autre fille, vivant à Philadelphie, qui a délibérément quitté Israël en opposition à la politique du gouvernement actuel ; ainsi que son propre frère, qui rejette depuis des années la politique d’Israël et incarne une voix d’opposition à Netanyahou.


UN FILM POLITIQUE

Le sujet du documentaire est intense et compliqué à aborder, car les événements du

7 octobre sont venus cristalliser des tensions qui précédaient largement cette date et ont déclenché un compte à rebours funeste : celui d’une guerre ouverte entre les deux camps. Le personnage tente de convaincre, désespérément, ses pairs de la nécessité

d’enclencher un processus de paix pour, à travers le dialogue, espérer sauver les otages.

Tout son monde tourne autour de cet objectif. Le spectateur peut constater les oppositions idéologiques, au sein même des familles, autour de la politique expansionniste d’Israël et des kibboutz. On voit aussi les origines de ces colonies, devenues une réalité bien différente de l’idéal d’origine. Un débat brûlant sur les droits des peuples qui déchire la région depuis des dizaines d’années. Aux États-Unis également, on assiste à la récupération des événements par des partis politiques peu scrupuleux, poussant les autorités à intervenir militairement en Palestine. Le film dresse parallèlement le portrait d’un individu à bout et d’une nation basculant inexorablement dans le conflit. L’impuissance de Yehuda entraîne le spectateur dans cette escalade vertigineuse dont on connaît, non plus l’issue, mais déjà la suite tragique.


SAISIR LA RÉALITÉ

Ce documentaire relate un événement qui s’est produit il y a tout juste deux ans,

avant l’escalade et l’avancée des militaires israéliens dans la bande de Gaza. Comment

prendre suffisamment de distance sur un événement si important et si récent ? De surcroît qui n’a pas encore été résolu ?


Holding Liat a trouvé l’un des personnages les plus intéressants à suivre dans ce

conflit. À travers son point de vue d’ancien ambassadeur, on assiste aux événements, mais on perçoit aussi l’envers du décor : le fonctionnement de Washington, les rencontres et les mots d’usage compatissants, les déclarations officielles et les échanges officieux, avec une main devant la bouche. Une scène stupéfiante se produit lors de son passage au Congrès. Entre deux déclarations, Yehuda est intercepté par un diplomate palestinien. Leur échange, au départ cordial, bascule lorsque le diplomate s’approche de Yehuda pour parler à l’abri des caméras, mais pas du micro. Loin d’être violent, le diplomate palestinien lui adresse un message de compassion et ajoute : « On se comprend maintenant ». À ce moment-là, Yehuda est à un carrefour psychologique et émotionnel : paniqué à l’idée d’être aperçu avec un officiel palestinien, indigné face à la violence de la situation, en colère contre la surdité de ses compatriotes américains, désemparé par l’incapacité de communiquer avec son petit-fils et immensément inquiet pour le sort de sa fille. La caméra se glisse partout pour montrer le stress, la panique, la détresse et ainsi dépeindre le séisme émotionnel et psychologique qu’a créé le 7 octobre dans la communauté et à l’international. À l’heure où les velléités diplomatiques cessent et où les pays se déclarent la guerre, le film prend le parti de suivre un père désemparé qui ne cesse de prêcher la paix, à qui veut l’entendre, pour sauver sa fille.


L’IMPACT DU DOCUMENTAIRE

Je trouve que ce film est important à visionner mais compliqué à regarder, tant par

son sujet que par l’absence, quasiment, de respiration. On a conscience que le film relate le début de quelque chose : un parcours du combattant pour Yehuda et la mise en lumière, douloureuse, de la réalité du drame humain qui est en cours, sous ses yeux. On approche la réalité des sujets via une trajectoire humaine, plus difficile à juger car forcément plus complexe. Le fait de pouvoir suivre un personnage comme Yehuda place le spectateur dans une empathie profonde de par ce qu’il vit en tant qu’humain et permet à la fois de rendre compte d’une situation plus grande. La petite histoire dans la grande. Comme le personnage, on se demande : comment on a pu en arriver là ?

On est pris à la gorge, jusqu’à la sortie de la salle, empli d’émotions, parfois

contradictoires… On regarde la réalité à travers l’écran, mais on n’est pas entièrement

protégé de cette bombe qui vient d’exploser. On ressent encore la chaleur de la déflagration.

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