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KARMA de Guillaume Canet - Hors compétition - Festival de Cannes 2026

Louise Devillers
il y a 13 heures
3 min de lecture
Deux jeunes femmes sont côte à côte et regardent dans des directions opposées, avec des immeubles en arrière-plan

LE MOT : OBSCURANTISME

C’est très bien de vouloir faire des films sur de grands sujets, pourquoi pas sur les organismes sectaires et les horreurs qu’ils infligent à leurs adeptes. Mais Guillaume, fais-le correctement ! 

Pas besoin de ces zooms dramatiques, de ces travellings mielleux, de ces visages contrits, rongés d’inquiétude, de ces étreintes climax interminables. 


Le film se divise en deux parties, l’une en Espagne, l’autre en France. Je ne vous résumerai pas l’intrigue pour ne pas vous dévoiler les plot twists – vous les verrez de toute façon arriver gros comme des maisons – mais je vous avertirai toutefois sur le fait que ces deux parties sont mal dosées. Déjà car l’évolution du personnage principal, Jeanne, incarnée par Marion Cotillard, est assez grossière. Son alcoolisme est dépeint dans la première partie de manière stéréotypée : elle enchaîne les bouteilles de whisky, semble ne pas s’être coupé les cheveux depuis une bonne décennie, répond par de lourds regards douloureux et mutiques aux questions de son compagnon… Bien sûr que l’oppression peut mener à l’addiction, au silence, mais par pitié, ne réduisons pas ces drames à des facilités scénaristiques et à des jeux caricaturaux. Ça dessert le propos. 


Les personnages qui entourent Jeanne sont eux aussi soit insignifiants, comme le couple de parents dans la première partie, soit ubuesques comme le pseudo curé Marc, joué par Denis Ménochet, dans la seconde partie. Marc, parlons-en, qu’est-ce que c’est que cet archétype du méchant ? Il est tellement méchant que ça en devient invraisemblable. Comique même, des spectateurs et spectatrices ont carrément ri dans la salle quand il énonçait ses répliques les plus injustes aux lourdes effluves de mauvais western.  « Je t’attends dans mon bureau Jacques. » (regard plein de sous-entendus). Sous-texte :  « T’es mal barré Jacques ». 


Et puis, y a-t-il un scénariste dans l’avion ? Apparemment oui, ils sont même deux, Guillaume Canet et Simon Jacquet. Simon est surtout connu pour ses talents de monteur (Bac Nord, Paris je t’aime…). J’ai envie de lui conseiller de se focaliser sur le montage. Tellement de scènes auraient pu être coupées, remodelées. Notamment celles où, à la suite d’une nouvelle révélation sur Jeanne, on nous bassine de longs monologues inutiles et pénibles, de petites histoires barbantes supposées combler les trous du passé. « Tu comprends mon amour, c’est dans cette chambre que tu aperçois à gauche au premier étage à côté de la fenêtre allumée que je suis née, et puis c’est au deuxième étage à droite de la fissure rongée par le lierre que j’ai mangé ma première Danette ». J’exagère à peine. Ce n’est pas connaître toutes les histoires des personnages qui fait qu’on s’en sent plus proches. Un peu de mystère ! Sur les 2h30, on pouvait facilement se délester d’une trentaine de minutes.


Et enfin la musique… eh bien elle n’arrange rien. Elle ne s’arrête jamais. Au tout début du film, au moment où Jeanne se tourne vers l’alcool, il y a une bonne idée qui fuse, et qui ne dure malheureusement qu’une dizaine de secondes : une note flanche et se fausse. Elle relate simplement et efficacement la douleur de Jeanne. Et puis après, le film cède à la facilité de faire enchaîner les bouteilles de whisky. Dommage.


En bref, neuvième long métrage de Guillaume Canet en tant que réalisateur et pourtant si peu de finesse, qu’elle soit technique ou scénaristique. Alors on sent qu’il y a eu beaucoup de travail, beaucoup d'efforts, beaucoup d’amour. Mais le résultat, c’est zéro subtilité, zéro spontanéité, et donc un effet flop. Même si le film était présenté hors compétition, je ne comprends pas comment il a pu être sélectionné au Festival de Cannes.

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