LES RAYONS ET LES OMBRES de Xavier Giannoli
- Ruben Mariage
- il y a 12 heures
- 2 min de lecture

LE MOT : MAGNÉTIQUE
Les rayons et les ombres est le nouveau film de Xavier Giannoli. Après Illusions perdues, le réalisateur s’attaque à un autre pan de notre histoire pour en révéler les parties sombres et obscures.
Et le sujet est touchy. Jean est un journaliste, éditorialiste, dans l’après-Première Guerre mondiale, qui lutte de toutes ses forces pour un idéal humaniste : maintenir la cohésion franco-allemande, persuadé que ce lien préservera les générations suivantes de l’horreur de la guerre. Avec son ami allemand, ils entretiennent ce rêve, en tout cas.
Sauf que le cœur des hommes est aisément corruptible et, dans le besoin, Jean et lui jouent un jeu dangereux et acceptent une première collaboration avec le petit moustachu récemment arrivé au pouvoir. Dans le but de préserver la paix. Non ? C’est le début de la décadence qui va emmener Jean, et sa fille, dans les abîmes.
Le film est un pari monumental. Du casting jusqu’aux décors, en passant par les costumes et la mise en scène, on est face à un film ambitieux et, je dois l’admettre, le pari est réussi. Le sujet est d’autant plus difficile qu’il est sensible : parler de la collaboration a longtemps été tabou, car on évoque ici la face sombre de la France, une vérité crue et ignoble.
Le film expose assez brillamment l’ambiguïté et l’ambivalence de l’époque. Le fait d’accepter de collaborer est une mécanique plus complexe qu’on ne le croit. C’est beaucoup plus sournois qu’on l’imagine, et nombreux sont ceux — des gens très bien au demeurant et animés des meilleures intentions — qui ont plongé dans cet enfer.
L’idée n’est pas de refaire l’histoire, mais la réalité des faits est bien plus complexe qu’on le croit, et tout le monde n’a pas été résistant à cette époque… Loin de là. Le propos du film s’attarde plutôt sur l’ambiguïté des discours et la mécanique de la rhétorique : comment on réussit à convaincre les autres du pire, quels arguments ont été utilisés pour pousser à l’action… Ce que l’on dit — ou ce que l’on ne dit pas d’ailleurs — pour justifier l’injustifiable.
Les mots qu’on met dans la bouche des salauds pour les pousser à agir. Ces mots, ces idées que l’on tord et manipule pour influencer, diriger, convaincre. Un sujet qui fait aussi écho à notre présent : la fabrique des idées, la manière dont on les diffuse, en plein jour et avec l’appui de certaines personnes « raisonnables » ou « attentionnées ».
De bout en bout, sur près de trois heures, le film réussit à nous tenir en tension et en haleine avec une certaine habileté, en faisant le choix d’un immense acteur (l’Allemand) et d’un duo Dujardin – Machin Blonde assez bluffant. Précis et à propos, très juste dans son traitement, porté par un sujet passionnant et une mise en scène inspirée.
Le film est une pépite : intelligent et jamais larmoyant, il traite d’un sujet important — encore une fois les discours et leur portée — en faisant habilement un parallèle avec notre monde moderne.
On n’en sort pas indemne.




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