LOVE ME TENDER d'Anna Cazenave Cambet
- Raphaël Chadha
- 9 déc. 2025
- 3 min de lecture

LE MOT : ENVIE
Faire un film c’est une envie, aimer c’est une envie, se battre c’est une envie.
La seule contrainte étant que l’envie est déterminée à deux.
Anna Cazenave Cambet (reprenant le live de Constance Debré, du même nom) donne à Vicky Krieps le rôle d’une mère qui croit, donne sa confiance à son ex-mari en lui annonçant son homosexualité.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’elle ne voudra plus aimer ce mari à nouveau.
Comment va-t'il se venger ? En lui enlevant le fruit de leur relation : leur fils.
Le métrage débute ainsi : la nage de Clémence, un rapport charnel avec une autre femme dans les vestiaires de la piscine, un appel avec son fils.
L’ordre dit beaucoup, un désir lesbien distançant l’occupation de Clémence (aller nager) de son rôle de mère. Distance venant d’un rejet (de son ex-mari), et rejet (de son enfant orchestré par son ex-mari) créant la distance.
Nous avons parlé de la distance, parlons du fait de nager.
Nager c’est un choix : est-ce qu'on plonge ou est-ce qu’on reste à la surface ?
Plonger c’est découvrir, rester à la surface c’est vouloir la sûreté.
Le film entrevoit les deux possibilités. Clémence veut vivre son amour lesbien autant qu’elle veut voir son fils, Paul.
Ces deux souhaits se confrontent constamment au montage. On passe de l’un à l’autre, ce qui épuise le spectateur qui espérait une troisième idée pour s’accrocher davantage à l’intrigue.
D’autant plus qu’Anna Cazenave Cambet en donnant autant de place au sexe qu’à la maternité, les met au même au niveau. Alors même que le personnage de Vicky Krieps préfère mettre une relation amoureuse sérieuse de côté plutôt que de perdre son fils.
[SPOILER] La fin va de même. Pourquoi Clémence arrête-t-elle son combat pour retrouver la garde de Paul ? Pour vivre sa vie ?
D’accord mais alors pourquoi avoir fait ce film ?
Pourquoi ne pas juste avoir fait un scénario sur Clémence, une mère qui a perdu la garde de son enfant et qui commence une nouvelle expérience de mère libre ?
Finalement, il aurait mieux valu que le film choisisse la technique IRRÉVERSIBLE et que l’on expérimente la perte du fils.
Gardons, tout de même, quelques notes positives pour la fin.
Par exemple, cette temporalité qui compte plus que tout dans LOVE ME TENDER, qui n’existe que par la durabilité de l’éloignement entre Paul et Clémence, sa mère.
On dira même que le film lui-même permet aux deux personnages de se rapprocher en enlevant tous ces moments de doutes, d’impuissance à retrouver celui qu’on aime.
On pourra assez facilement lier cette réduction temporelle au mouvement.
Le mouvement n’est-il pas toujours présent au cinéma ?
Certes, le mouvement est une illusion de la vie dans le 7ème art. Seulement ici, le mouvement s’ajoute au déplacement. La mère de Paul change d’appartement en appartement, de femmes en femmes, etc. On pourra voir quelque part, un abandon de son être (et bien-être) au profit de son fils, chercher à être la meilleure version de soi-même.
Ce déplacement constant de la part de Clémence, lui restreint toute fixité, ne permettant pas à son enfant de savoir ce qu’elle est, ce qu’elle fait, où elle est.
Nous relèverons deux intelligences supplémentaires.
La première, le père de Clémence à celle-ci, je cite : “Elle avait ton âge quand elle est morte.”
La seule personne à laquelle notre protagoniste aurait pu se raccrocher, est décédée.
Sa propre mère est absente, elle est sans modèle, seule, avec comme seul outil de persévérance : l’écriture.
Ce qui m’amène à ma deuxième et dernière conception du film.
L’encre déposée par Clémence sur le papier blanc participe à cette perspective artistique que je valorise autant sur les dernières oeuvres en salles (Valeur Sentimentale, Un Poète ou encore La Tour de Glace). Celle-ci écrit les pensées qu’elle a, propos donc additionnels aux images projetées.
Nous passons donc d’une histoire couchée sur le scénario, à l’image qui permet de rendre visible ce dernier à une écriture qui se fait finalement en parallèle de tout cela, par Clémence.
Tout cela permet d’approfondir le personnage et de comprendre davantage l’histoire.
De ces deux qualités supplémentaires, nous finissions le métrage, déçu.
Celui-ci n’a pas la force d’un ON VOUS CROIT, traitant aussi d’une mère qui se bat pour obtenir la garde de ces enfants. Le film était étincelant, fort d’un souffle vital. Voilà ce qui manque à LOVE ME TENDER.
Prenons les mots d’Albert Camus qui, drôlement, fonctionnent avec nos reproches :
“La fin justifie les moyens. Mais qu'est-ce qui justifiera la fin ?”




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