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PILLION de Harry Lighton

  • Jérémie Prigent
  • il y a 3 heures
  • 2 min de lecture

LE MOT : IDENTITÉ

Avec une audace complètement folle, avec un sens de l’humour aiguisé, avec une incroyable douceur, Harry Lighton, dont c’est le premier film, nous concocte un programme à base de cuir, de domination, de motos, de lubrifiant à gogo et d’orgies champêtres que les spectateurs ne sont pas prêts d’oublier. Prix du meilleur scénario dans la sélection Un certain regard au dernier festival de Cannes. 


Adapté du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones, Pillion raconte l’histoire de Colin (Harry Melling, transfiguré et aux antipodes de son rôle de Dudley dans Harry Potter), jeune Anglais introverti, vivant encore chez ses parents et chantant dans un quatuor vocal pour passer le temps. Sa vie bascule lorsqu’il croise Ray (Alexander Skarsgård, le viking de The Northman), chef charismatique d’un club de motards gays. Colin découvre les codes de ce microcosme : dans ce monde, le « pillion », celui qui s’assoit à l’arrière de la moto, est aussi celui qui occupe la position soumise. Fasciné, intimidé mais attiré, Colin se laisse entraîner dans une relation à la fois sexuelle, affective et initiatique.


Sur un sujet on ne peut plus casse gueule, l’initiation d’un jeune soumis et son exploration du milieu motards BDSM en banlieue londonienne, le réalisateur évite constamment la complaisance à laquelle se destinait ce pitch, déroute nos attentes et parvient, de manière crue et délicieusement romantique à accomplir ce qu’on appelle un véritable miracle de Cinéma. De ces âmes cabossées, il en ressort une certaine bienveillance dans la recherche de leur émancipation, à l’inverse totale d’une emprise toxique. Les personnages sont sur le point de s’assumer, de se libérer, et on se les approprie, en se surprenant soi-même à ressentir des émotions à leur égard. Car c’est une œuvre d’une immense générosité, qui explore le lien fragile entre érotisme extrême et amour sincère. 


Pour incarner Colin, Lighton voulait une présence vulnérable, magnétique et obstinée. Harry Melling s’est approprié le personnage avec un optimisme têtu, jouant chaque séquence comme une première découverte. À ses côtés, Alexander Skarsgård prête à Ray son mélange de mystère et de sensualité brute, contrebalancé par une douceur inattendue. « Ce qui aurait pu être intimidant est devenu une expérience incroyablement tendre » a déclaré Harry Melling en entretien. 


Tous deux ont travaillé avec un coordinateur d’intimité et avec de véritables membres de clubs de motards queer, afin de restituer avec justesse les codes, les gestes et la vie quotidienne de cette communauté.


Résultat : le cinéaste n'a pas peur de la crudité dans des scènes marquantes, voire humiliantes, qui n'empêchent pas l'irruption de la comédie pure et so British par instant. Les scènes de cuir et de jeux de pouvoir sont filmées avec beaucoup de réalisme et illustrent une certaine banalité. Pillion ne se contente pas de choquer. Son humour discret, son sens du décalage (la séquence du déjeuner du couple Colin-Ray chez les parents de Colin ) et sa douceur inattendue désamorcent les clichés sur le BDSM. 


De cette démarche artistique véritablement originale ressort une réflexion passionnante sur l’amour, la découverte de soi et le portrait fascinant d’un homme qui apprend à accepter sa propre identité. La force émotionnelle, bouleversante de cet ovni est justement de ne jamais sombrer dans le mélo. 

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