MICHAEL d’Antoine Fuqua
- Zoé Grandcolas
- il y a 4 jours
- 3 min de lecture

LE MOT : NOSTALGIQUE / INASSOUVI
Faire un biopic est déjà un exercice délicat. Mais quand il s’agit de raconter la vie de Michael Jackson, probablement l’une des figures les plus célèbres au monde avec Elizabeth II, le défi devient immense — presque impossible à relever pleinement.
Et malheureusement, cela se ressent.
Le film Michael, réalisé par Antoine Fuqua, donne l’impression de survoler son sujet. On comprend assez vite qu’un second volet est envisagé, tant cette première partie se concentre surtout sur l’enfance et les débuts de la gloire. Mais ce choix laisse un goût d’inachevé.
Le principal reproche tient à son manque de nuance. Le film adopte un regard très élogieux, presque lisse, sur la carrière de Michael Jackson. Il est dépeint comme une figure quasi parfaite, alors même que de nombreuses polémiques ont jalonné sa vie. Cette absence de recul interroge, d’autant plus que le projet est étroitement lié à sa famille. Peut-on vraiment attendre une totale objectivité dans ces conditions ? La présence de son neveu, Jaafar Jackson, dans le rôle principal renforce cette impression d’un récit maîtrisé, voire verrouillé, où les zones d’ombre sont volontairement mises de côté.
Et c’est sans doute là le plus gros point faible du film : son manque d’angle. En cherchant à préserver l’image de la star, il perd en authenticité et en complexité.
Pourtant, tout n’est pas à rejeter. Ce fil rouge autour de Peter Pan et de l’imaginaire de Neverland est une idée intéressante, car il renvoie à cette part d’enfance que Michael Jackson n’a jamais vraiment quittée. Un refuge, presque une nécessité.
Le film fonctionne aussi comme une plongée nostalgique dans l’univers du “King of Pop”. Difficile de rester totalement insensible tant Michael Jackson a marqué des générations. Sur scène, Jaafar Jackson impressionne : il parvient à reproduire la gestuelle, les mimiques, et même la tessiture vocale si particulière de son oncle. Mais une question demeure : qui peut réellement incarner Michael Jackson ? À mes yeux, personne. Il appartient à cette catégorie rarissime d’artistes inimitables, presque mythologiques.
La première partie du film, centrée sur l’enfance, est particulièrement réussie. Juliano Krue Valdi livre une performance marquante en jeune Michael, capturant à la fois la fragilité et le charisme d’un enfant sous pression. Cette période est marquée par la figure écrasante du père, Joe Jackson, incarné avec justesse par Colman Domingo. Son interprétation d’un père tyrannique devenu manager est l’une des plus fortes du film.
On retrouve d’ailleurs une certaine filiation avec Bohemian Rhapsody, produit lui aussi par Graham King. Mais là où Bohemian Rhapsody proposait davantage de nuances et de vulnérabilité, Michael reste dans une représentation plus unilatérale. Les scènes musicales sont en revanche plus longues et immersives, ce qui permet de savourer pleinement les performances — un vrai plaisir.
Le film accumule cependant des éléments qui finissent par paraître artificiels : Michael présenté uniquement comme une victime, son isolement, sa relation aux animaux comme Bubbles, ou encore ses visites aux enfants malades. Pris séparément, ces aspects font sens, mais leur accumulation donne une impression de récit trop appuyé, presque idéalisé.
Certaines scènes restent malgré tout très marquantes. L’une des plus fortes est celle où, enfant, Michael refuse de chanter par fatigue après un concert, avant d’être violemment puni par son père. Cette séquence donne le ton du film et illustre la violence de son enfance ainsi que l’impuissance de sa mère.
Autre moment réussi : la reconstitution du tournage du clip Thriller. Cette séquence met en lumière un tournant majeur de sa carrière et offre un aperçu fascinant de son univers créatif. C’est d’ailleurs ce qui manque le plus au film : une exploration plus approfondie de son processus de création. On en aperçoit quelques fragments en studio ou lors de répétitions, mais cela reste trop superficiel.
Au final, Michael est un film qui oscille entre hommage sincère et portrait trop contrôlé. Il séduit par sa dimension nostalgique, ses performances et ses scènes musicales, mais déçoit par son manque de profondeur et d’audace.
Un biopic propre, mais trop sage pour un artiste qui, lui, ne l’a jamais été.




Commentaires