MON GRAND FRÈRE ET MOI de Ryôta Nakano
- Joa Mauduech
- il y a 20 heures
- 3 min de lecture

LE MOT : ACCEPTATION
Mon grand frère et moi, c’est un voyage émotionnel en plein cœur du deuil complexe de Riko, personnage principal, autrice et mère de deux jeunes garçons.
Les échanges toujours très francs se déroulent dans une dualité déroutante par leur douceur. Ce film dépeint avec beaucoup de justesse le bouleversement que cause un décès mais aussi tout ce qui l’accompagne. Dans une atmosphère calme et sensible, Ryôta Nakano met en scène le personnage de Riko avec tous ses questionnements.
Ce frère, nous le découvrons plus le film avance. Un homme arrogant, malicieux, moqueur et manipulateur par manque d’argent. Lors de flashbacks, nous sommes spectateurs de moments particulièrement marquants pour Riko vis-à-vis de son frère. Mon grand frère et moi, questionne la façon dont la mort provoque le regret d’une personne qui a pourtant fait souffrir et contre laquelle on éprouve de la rancœur. Lors des obsèques, des retrouvailles ont eu lieu entre Riko, son ex-belle-sœur et sa fille, ainsi que le fils cadet de cette femme et de son frère.
Ce sont les seuls proches du défunt présents aux obsèques. Riko et son ex-belle-sœur, par des oublis répétitifs, réalisent leur manque d’implication dans l’hommage qu’elles rendent au défunt. Malgré tout, elles ressentent le devoir d’être là l’une pour l’autre. Une forte cohésion et un soutien naissent entre elles, et c’est en partageant des moments de joie et de tristesse, qu’elles se confient l’une à l’autre. Riko redécouvre un frère plus aimant et attachant qu’elle ne l'aurait cru.
En retournant sur ses pas, dans le taudis du frère, les deux femmes retracent l’histoire et comprennent l’amour qu’il éprouvait pour la famille qui coupa contact avec lui. Une photo de sa fille et tous les ouvrages de Riko retrouvés chez lui, font naître une certaine culpabilité et une remise en question chez Riko et son ex-belle-sœur. Nous entendons, à travers un morceau de piano, que le grand frère était un père présent qui tenait à transmettre un souvenir familial, un souvenir important lui rappelant sa petite sœur.
Ce frère tenait à ce que le petit Ryoichi, son fils prenne des cours de piano, afin de jouer ce morceau.
Ryôta Nakano, sous entend, ici, l’impact d’un manque de communication sur les relations familiales. Les deux femmes sont pleines de remords. Tout le monde autour du frère considère presque avoir provoqué son décès. La beauté de ce film réside dans la réaction saine des personnages, face à la complexité d’un deuil et aux questionnements qu’il fait naître. Les personnages comprennent, partagent et acceptent leurs émotions. Le faire disparaître matériellement, en se débarrassant de toutes les affaires du frère, métaphorise une page qui se tourne pour elle. On le comprend lorsque Riko le personnifie et l’imagine en le poussant dans cette fosse lui demandant enfin de partir.
Une aventure originale pleine d’humour et d’honnêteté permet à cette famille, non seulement de retenir les meilleurs moments, mais aussi d’accepter la personne qu’était cet homme si singulier. Les images du frère défunt, permettent à la famille non pas d’écouter ce qu’il a réellement voulu leur dire, mais d’entendre ce qu’ils attendaient et ce qu’ils auraient aimé de sa part. Riko gardera un seul traumatisme de son frère; le mensonge. Pour s’extraire du schéma dans lequel elle a grandi, elle se sent responsable d’une grande transparence pour la famille qu’elle a fondée et qu’elle estime être, aujourd’hui, sa seule famille.
Pour finir, Ryôta Nakano appuie sur l’importance d’accepter. Le fils, la fille, l’ex-femme et la sœur du défunt repartent avec sourire. Ce long et laborieux processus leur permet donc de rentrer en acceptant la mort de leur proche, en acceptant ces défauts et ses travers en tant que vivant. Mon grand frère et moi est le titre du nouvel ouvrage de Riko, qu’elle envoie au fils de son frère, Ryoichi. Le film s’ouvre sur le début de la lecture de son livre, et se conclut par sa quatrième de couverture: C’est un refuge pas un fardeau.




Commentaires