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ROMERÍA de Carla Simón

  • Jérémie Prigent
  • il y a 1 jour
  • 2 min de lecture

LE MOT : VOYAGE

Romería est le troisième long-métrage de Carla Simón, réalisatrice espagnole, récompensée par l’Ours d’or à Berlin pour son second film, Nos soleils, film choral qui se déroulait dans une exploitation agricole.


Dans Romería, Carla Simón revient à une veine plus directement autobiographique, où l’on suit Marina, une jeune femme orpheline, qui tente de retracer l’histoire de ses parents biologiques, et notamment leur jeunesse pendant la Movida, en quittant sa campagne catalane pour le littoral galicien, afin de rejoindre et d’apprendre à connaître sa famille paternelle. Le film se déroule pendant l'été 2004. A la base, la jeune Marina rêve d'obtenir un document administratif pour s'inscrire à la faculté. En s’adressant à sa famille paternelle, elle découvre des traumas enfouis et, telle une enquêtrice, elle va combler petit à petit les images manquantes. 


Marina (Llúcia Garcia, incroyable, qui aurait mérité le prix d’interprétation au Festival de Cannes), l’héroïne de Romería, est en réalité le double de la cinéaste, qui s’inspire de son parcours (ses parents sont morts du sida lorsqu’elle était enfant) et elle prend en effet la suite de Frida, l’enfant d’Été 93, le premier long-métrage de Carla Simón. 


S’il avait alors fallu attendre la fin du film pour que la petite orpheline Frida ose poser des questions sur la mort de sa mère, dans Romería, Marina met directement les pieds dans le plat en se confrontant à sa famille paternelle, ultra mutique et secrète, et remonte le temps et les souvenirs pour découvrir son histoire familiale débutée au cours des années 1980, frappées de plein fouet par l'épidémie du sida.


Toute en subtilité, Carla Simón continue de creuser le sillon d'un cinéma intimiste, impressionniste et naturaliste, en rendant un bel hommage à une génération sacrifiée : la génération post Franco. 


Dans un récit scindé en deux, à travers le journal intime d’une mère et de sa fille, la réalisatrice propose deux régimes d’image : l’un classique, l’autre tourné par l’héroïne à l’aide d’un caméscope DV dont elle se sert pour filmer les lieux que ses parents fréquentaient avant de mourir. Le cinéma comme lieu retrouvé, l’image comme rencontre temporelle, la caméra comme accès à la famille que l’héroïne (et Carla Simón elle-même) n’a jamais eue. Ce concept d’aller-retour atteint ses limites dans la deuxième moitié du film, où l’effet escompté d’échos familiaux tombe parfois dans la stagnation du récit, avec quelques afféteries de style un peu factices.


Fort heureusement, la réalisatrice catalane n’est pas du genre à appuyer, elle préfère les nuances et l’absence d’explication. Cela confère à l'œuvre une beauté cristalline, qui tend vers l’invitation au voyage, au gré des courants marins et des vents dans une quête absolue de vérité. Le titre du film fait référence à une fête catholique, un pèlerinage sur l'eau où défilent des bateaux colorés et ornés d'insignes. Un pèlerinage qui prendra pour Marina une dimension existentielle.


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