CLUB KID de Jordan Firstman

LE MOT : PHILOSOPHE
Après avoir joué son propre rôle dans le long-métrage Rotting in the Sun, puis incarné Charlie, un styliste gay à Hollywood, dans la série I Love LA, Jordan Firstman, familier de l’autofiction (plus ou moins poussée), s’élance à la conquête d’un nouveau reflet de sa communauté pour lui rendre hommage à travers une histoire plus sincère que singulière.
Peter (Jordan Firstman), addict aux drogues et au sexe, gère une boîte de nuit à New York, où il mène la vie relativement ordinaire d’un gay trentenaire dans le décor d’une ville contemporaine. Sa routine égocentrée est soudainement bouleversée lorsqu’une femme lui confie Arlo (Reggie Absolom), son fils de dix ans dont il découvre alors l’existence, avant de le laisser à sa charge. De là débute le récit d’une odyssée queer : Peter aborde la paternité encombré des vestiges encore fumants de sa vie passée, et se voit contraint d’interroger l’amour qu’il se porte autant que les conditions dans lesquelles il a choisi de vivre. Arlo n’est pas moins que lui le produit d’un traumatisme. Pourtant, les deux personnages nouent une relation qui dépasse leurs blessures individuelles, comme guidés par une volonté commune d’aller l’un vers l’autre. Peter met tant bien que mal au placard sa routine de clubber pour se perdre dans son désir sincère de devenir un bon père, tandis qu’Arlo cherche à son tour à pouvoir se reconnaître en lui. C’est cette relation qui porte toute l’émotion du film.
Club Kid fonctionne parce que ses personnages ne sont jamais définis par leurs seules répliques, et parce que leur lien dépasse les clichés que pourrait appeler le milieu dans lequel ils évoluent, pour toucher à quelque chose de plus universel, celui de l’amour et des secondes chances, porté à la perfection par les deux acteurs. Il est particulièrement gratifiant de voir Jordan Firstman refuser toute niaiserie dans l’arc narratif qu’il réserve à ses personnages. En conduisant son récit vers une issue d’une maturité émotionnelle désarmante, il finit par concentrer toute l’intensité du film dans le tragique d’un amour queer perdu, lui aussi universel, et qui trouve enfin, à travers Peter, la possibilité de s’exprimer.
L’esthétique est par ailleurs particulièrement travaillée et participe à son tour pleinement à la création d’une atmosphère chaleureuse, comme un cocon en plein hiver, loin aussi bien des clichés associés à la club culture new-yorkaise que du voyeurisme auquel les récits queer peuvent parfois être réduits. Réaliser justement un film queer aujourd’hui relève d’une ambition particulière, tant par fidélité à la vérité d’une communauté que par honnêteté envers le spectateur. Jordan Firstman pose ici son œil sur le microscope de la société pour peindre, en haute résolution, les couleurs d’une toile profondément humaine.
Parmi les meilleurs films de l’année, Club Kid saura décocher un rire ou une larme à ceux qui choisiront d’en faire l’expérience.
En quelques lignes :
Club Kid a tout du film sur lequel on revient un soir d’automne pluvieux ou bien le cœur brisé au printemps. Débordant de finesse et de précision, l'œuvre de Jordan Firstman a su dépasser le contexte d’une simple histoire queer pour dresser le portrait d’une morale universelle. Club Kid est un drame qui se veut comédie, mais réalise à mi-chemin que son identité réside dans son authenticité, pour trouver le juste équilibre qui conquerra le cœur de chaque spectateur.




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