SANGUINE de Marion Le Corroller

LE MOT : STRESS
Sanguine, Sanguine, Sanguine. Sanguine est le premier long-métrage de genre (épouvante-horreur, pour être plus précis) réalisé par Marion Le Corroller. Après son court-métrage Dieu n’est plus médecin, qui traitait de la descente aux enfers d’une jeune interne aux urgences, Sanguine reprend le même pitch pour l’adapter au long format.
Transition réussie ?
Sanguine démarre par un pugilat : un employé de fast-food craque face à un client insupportable et lui fracasse la tête au beau milieu de l’établissement, devant des clients impuissants. Une prémisse forte qui préfigure un problème plus général, un énorme enjeu : à travers la France, des employés à bout de nerfs se mettent à suer du sang de manière inexplicable et sont pris d’excès de violence. Une folie furieuse, sanguine et mortelle, qui les pousse à s’en prendre à autrui (tu as la métaphore ?).
Après cette introduction sanglante, on découvre Margot, incarnée par la super Mara Taquin (qui se donne à 110 % dans ce film). Margot est une nouvelle interne, naïve et encore pleine d’idéaux, qui découvre le service d’élite du docteur Hélène, incarnée par Karin Viard. Aux côtés de ce duo, on retrouve un casting intéressant et étrange d’internes en médecine, Kim Higelin et Sami Outalbali qui donnent corps à des personnages (peut-être un peu sous-développés). Une des premières critiques qu’on pourrait faire au film. Mais nous y reviendrons dans la deuxième partie.
Ce premier long-métrage de Marion Le Corroller n’est pas qu’un film d’horreur/épouvante, ou gore selon les genres (je vous invite à voir le film si vous souhaitez le catégoriser), c’est aussi un film d’enquête. Margot, notre interne surmotivée, a à cœur de comprendre ce mal inconnu et mortel, malgré la charge de travail inhumaine que représente son poste dans ce service d’élite.
Le mélange entre deux genres cinématographiques fonctionne plutôt bien. L’équilibre est intéressant, car l’enquête progresse au rythme du mal qui ronge le personnage principal, rendant l’urgence de plus en plus présente. Sur ce pari-là, le film est bien pensé, intrigant et efficace.
La photographie, l’ambiance et les effets spéciaux sont aussi une belle réussite. L’utilisation de plans en courtes focales, qui déforment les lieux et les personnages, appuient cette sensation de claustrophobie. La mise en scène surprend à plusieurs reprises, avec de belles fulgurances (plans zénithaux ambitieux, mouvements de caméra immersifs…). Chapeau aux techniciens et aux artistes SFX pour leurs effets dans les scènes explicites et gores, à la fois réalistes et mystiques, qui suscitent l’horreur ou le malaise tout au long du film (voir la superbe scène d’opération à cœur ouvert).
En revanche, le scénario patine à plusieurs moments, notamment en raison de développements de personnages parfois légers, notamment les personnages secondaires « fonctions » présents à certains moments de manière artificielle, avec des incohérences dans leurs réactions et leurs choix. Le film s’étire aussi en longueur pour amener le cœur du récit (no spoiler), qui est réussi, sûrement hérité du court-métrage précédent, et dont le rythme et les événements nous emportent. Encore faut-il arriver jusque-là, et Sanguine est parfois à la peine sur les 1h43 de film. Sûrement à cause de son rythme parfois inégal, de choix narratifs hasardeux et d’incohérences.
De plus, le décor et la direction artistique, très présents et assumés, laissent perplexe… À vous de juger !
Cependant ! Sanguine est un premier film plutôt réussi qui propose de belles idées de mise en scène et des fulgurances gores qui raviront les aficionados.
Transition réussie donc.




Commentaires