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IS THIS THING ON? de Bradley Cooper

  • Jérémie Prigent
  • il y a 22 heures
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 11 heures


LE MOT : USURE

Il était une fois un acteur se rêvant réalisateur. Sa première proposition, plutôt mièvre et soporifique, A Star Is Born, remake du classique de George Cukor, a eu le mérite de connaître un immense succès, d’asseoir définitivement Bradley Cooper dans la case réalisateur “bankable” et d’ouvrir des portes cinématographiques à Lady Gaga. Le conte de fées était bancal, mais en marche. 


Avec son deuxième long, Maestro, biopic sur le chef d’orchestre et compositeur Leonard Bernstein, le curseur est monté d’un cran au niveau de l’ambition esthétique, et l’émotion brut commençait à poindre, sans pour autant être l’œuvre d’un grand formaliste romantique. Le classicisme ambiant avec lequel il flirtait constamment était de bonne facture et l’esquisse d’un cinéaste plus qu’intéressant se dessinait alors. 


Force est de constater que Bradley Cooper a pris tout le monde à revers avec Is This Thing On?, qui n’est ni un remake, ni un biopic, mais tout simplement une petite comédie romantique new-yorkaise contemporaine. Petite et sans ambition ? En apparence. Mais en réalité, il s’agit de son meilleur film à ce jour. Bradley Cooper a terminé sa mue, sa reconversion, le conte de fées ne l’intéresse plus, peut-être ne l’a t-il jamais intéressé, peut-être que son tout petit rôle sur Licorice Pizza et le fait de côtoyer le génial Paul Thomas Anderson l’espace de quelques jours de tournage a fortement imprégné et inspiré l’inconscient et l’intellect artistique du “jeune” metteur en scène qui prend de plus en plus d’aisance dans cet exercice. 


Bradley Cooper nous raconte que le mariage d’Alex (Will Arnett) et Tess (Laura Dern) ne tient plus qu’à un fil. Alex doit soudain affronter les doutes de la cinquantaine et la menace d’un divorce imminent. A la recherche d’un nouveau souffle, il se lance dans le milieu du stand-up new-yorkais, tandis que Tess remet en question les sacrifices qu’elle a faits pour leur famille. 


Le ton mélodramatique légèrement ampoulé de ses deux précédents films laisse place à une gravité légère, douce, mélancolique, dosée avec parcimonie et délicatesse sur l’usure des relations de couple et du temps qui s’égrène. Alex et Tess sont donc usés, fatigués, à deux doigts du divorce, symbole de l’anéantissement absolu de tout ce qu’ils ont construit. Pour prendre du recul (ou reculer pour mieux sauter), ils décident de vivre chacun de leur côté et vont devoir composer avec la coparentalité. 


L’introduction et la présentation des personnages est assez classique et les enjeux se posent et s’imposent en douceur, mais le film commence réellement lorsque Tess et Alex se questionnent sur leurs propres envies, sur le sens de leurs existences. La rencontre d'Alex avec le stand-up amateur est une lumineuse idée. L’amour usé va alors prendre une nouvelle forme inattendue, revancharde, une nouvelle connexion va s’opérer entre les deux protagonistes. L’exutoire d’Alex va indirectement donner envie à Tess de se reconnecter à son ancienne passion : le volley-ball. Au travers de cette crise et de ce nouveau souffle existentiel, ils vont être tous deux amenés à se poser cette question : peuvent-ils réellement vivre l’un sans l’autre ? 


La comédie de remariage et le feel good movie cachent en réalité une œuvre profonde sur la solitude existentielle. La caméra portée s’immisce dans l’émotion et l’intime de chaque personnage, imitant dans la forme les contours d’une mise en scène documentaire. La richesse et la simplicité très travaillée des dialogues vont de paire avec l’interprétation lumineuse et d’une sincérité désarmante de Laura Dern et Will Arnett, avec au passage des moments savoureux lorsqu’apparaît à l’écran le couple d’amis lunaire formé par Bradley Cooper lui-même et Andra Day. 


Sans vouloir bouleverser son auditoire, sans vouloir brandir un quelconque discours prétentieux sur la complexité du couple contemporain, sans tomber dans la facilité, en évitant les pièges du tire-larmes, en menant sa barque avec humilité et confiance totale en son objet, Bradley Cooper parvient à nous toucher avec justesse et habileté, là ou on ne l’attendait pas, avec une galerie de personnages crédibles et attachants. L’acteur ne rêve plus, il est désormais réalisateur…


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