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L'AMOUR QU'IL NOUS RESTE de Hlynur Pálmason

  • Mathis Gautherin
  • 17 déc. 2025
  • 3 min de lecture

LE MOT : TRANSFORMATION

Avec L’Amour qu’il nous reste, Hlynur Pálmason filme une séparation sans fracas, sans traumatisme. Pas de scènes explicatives ni de conflits spectaculaires, mais une famille qui se réorganise à bas bruit, au fil des jours et des saisons. Le divorce n’est pas un point de rupture dramatique, mais plutôt un état transitoire, une zone floue où les liens se déplacent sans disparaître. On observe cette mutation avec délicatesse, en laissant le temps faire son œuvre.


Au cœur du récit, il y a Anna, la mère, artiste, à la fois solide et fragile. Elle habite la maison familiale avec les enfants, entourée de ses créations, de ses gestes quotidiens, de cette capacité à transformer le chaos en formes sensibles. Elle incarne une manière d’avancer, d’accepter la séparation sans se refermer, tout en gardant une attention constante à ses enfants.

Magnús, le père, est presque toujours en mouvement. Marin-pêcheur, souvent absent, il revient par intermittence, comme porté par les marées. Il n’est ni démissionnaire ni héroïque : il est simplement un homme partagé entre son travail harassant et sa famille. Sa présence fragmentée — un repas, une nuit, un moment volé avant un nouveau départ — montre que la séparation n’a pas rompu le lien, mais l’a rendu plus fragile, plus incertain.


Ce sont les enfants qui donnent au film sa respiration. Grímur et Þorgils, les jumeaux, ne sont pas victimes, mais des observateurs attentifs, parfois drôles, parfois déconcertants. Leurs jeux, leur imagination et leurs silences traduisent une intelligence sensible du monde adulte. Ils observent la situation avec sérieux et humour, bricolent, imaginent, testent les limites, comme si l’imaginaire était leur manière de comprendre ce qui change autour d’eux. Leur sœur aînée, Ída, amorce doucement le passage vers l’adolescence. Plus en retrait, plus attentive, elle regarde ses parents avec lucidité, sans révolte ni naïveté. À travers eux, le film retrouve une légèreté sans jamais nier la mélancolie sous-jacente.


Même les présences secondaires comptent, à commencer par le chien Panda, le compagnon silencieux et fidèle qui traverse les scènes comme un gardien affectueux du foyer. Sa simple présence renforce l’impression d’un quotidien vécu, jamais théorisé.


La nature islandaise occupe une place prépondérante dans le film. Elle accompagne ces personnages sans jamais les écraser. Elle devient un prolongement de leurs états intérieurs : calme, instable, lumineuse ou rude selon les moments. Le passage des saisons, la lumière qui se modifie, le vent et la pluie rappellent que toute chose est vouée à se transformer. Rien n’est immuable. Même bousculée, la vie trouve toujours une manière de suivre son cours.


Quelques pointes d’humour et de surréalisme — le coq vengeur, quelle idée ! — viennent troubler ce réalisme. Elles surgissent sans prévenir, parfois absurdes, toujours bienvenues comme des respirations qui empêchent le film de se figer dans la gravité. Elles rappellent que le quotidien, même fragile, conserve une part d’étrangeté joyeuse.


Pour qui découvre Pálmason avec ce film, difficile de ne pas avoir envie de voir ou revoir Godland, son précédent long métrage, chef-d’œuvre absolu. Le film suit un jeune pasteur danois traversant les terres hostiles de l’Islande au XIXᵉ siècle pour y fonder une paroisse et évangéliser les villageois. Une marche éprouvante, autant spirituelle que physique, où la foi, la nature et la violence du monde finissent par se confronter frontalement. Là où L’Amour qu’il nous reste explore l’intime et le feutré, Godland s’imposait par sa dimension épique et picturale puisque chaque plan fixe était un tableau, une œuvre d’art.


Deux films très différents donc, mais traversés par la même obsession, celle de capter le passage du temps et d’inscrire l’humain dans un monde plus vaste que lui : la nature. 


 
 
 

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