LA RECONQUISTA de Jonás Trueba
- Jérémie Prigent
- 27 janv.
- 2 min de lecture

LE MOT : MÉLANCOLIE
La reconquista c’est l’histoire de Manuela et Olmo, deux trentenaires madrilènes qui se retrouvent autour d’un verre, après des années. Manuela tend une lettre à Olmo, surpris, décontenancé. Cette lettre avait été écrite par Olmo lui-même, quinze ans auparavant, lorsqu’ils étaient adolescents et vivaient ensemble leur premier amour.
La reconquista c’est l’histoire d’un film sorti en Espagne en 2016, mais inédit chez nous jusqu'à aujourd'hui. Le coup de projecteur sur Eva en août, sorti cette fois chez nous en 2020, et le vent de fraîcheur que ce film a apporté dans l’après COVID, a permis aux spectateurs d’avoir la chance de découvrir les oeuvres suivantes de Jonás Trueba : le choral et solaire Qui à part nous, le Rohmerien Venez voir et en 2024, le galvanisant Septembre sans attendre, et donc de revenir, 10 après, à cette reconquista.
Il faut le dire d’emblée : c’est une des plus belles histoires d’amour de ces dernières années. Rien que ça. Jonás Trueba maîtrise parfaitement ce qui est le plus dur à atteindre en tant que cinéaste : la simplicité. La justesse des dialogues, l’importance des non-dits, l’alchimie parfaite entre ses deux comédiens fétiches, Itsaso Arana et Francesco Carril, mais aussi l’intelligence du montage, qui s’autorise de longs, très longs et magnifiques regards entre les personnages. Chaque élément de ce puzzle nous semble touché par la grâce, et emmène l’heureux spectateur loin dans l’émotion et l’identification.
La reconquista c’est une histoire universelle. Ils s’aiment encore, ils veulent s’aimer, mais le peuvent-ils, quinze ans après ? Au départ le malaise, puis le dialogue, puis les regards. Et bien entendu arrive la lettre. Cette lettre qui parle d’un amour absolu, l’amour exprimé par un adolescent de quinze ans, est tout simplement bouleversante et terrassante. La puissance de ce sentiment amoureux ne s’éteindra jamais, même si on y pense plus une fois adulte, et l'existence même de cette lettre est comme ce cœur qui bat toujours, comme ce pouvoir secret, enfoui au fond de chacune et chacun de nous. Trueba est un alchimiste des sentiments, il vise dans le mille, et parvient à toucher, avec délicatesse et subtilité.
Et La reconquista, c’est aussi l’histoire de ce plan d’ouverture que l’on comprendra seulement à la fin du film, après cette nuit de retrouvailles, de danse, de musique et de pudeur, après cet incroyable flash-back dans lequel deux corps adolescents se muent en deux âmes passionnément tourmentées, loin de leur future vie d’adulte, loin de la morosité ambiante, embrassant la pureté de l’innocence avant que le Temps ne s’en empare.




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