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À PIED D'OEUVRE de Valérie Donzelli

  • Photo du rédacteur: Raphaël Chadha
    Raphaël Chadha
  • il y a 9 heures
  • 3 min de lecture

LE MOT : LECTURE

Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise 2025 et inspiré d’un roman autobiographique et éponyme de Franck Courtès, A pied d'œuvre raconte la précarité d’un ancien photographe devenu romancier confirmé, mais qui peine à faire publier son quatrième livre. Il va donc jongler entre différents petits boulots pour continuer à croire en son rêve. 


Valérie Donzelli cite comme influence, pour son septième long-métrage de fiction, Le Roman d’un tricheur de Sacha Guitry. 


La similitude est compréhensible, on retrouve dans les deux films la quête de réussir en ayant recours à différentes casquettes. 

Pour Paul Marquet (protagoniste principal d’A pied d'œuvre) c’est par l’écriture et les travaux manuels tandis que pour “le tricheur” de Guitry c’est via le jeu de cartes. 


Ayant trouvé le liant des deux œuvres, le reste de la comparaison devra se porter sur les défauts propres au film de la réalisatrice. J’y viendrai ensuite. 


De photographe à auteur, deux arts figés, comment arrêter le temps ? 

Nous, critiques, effectuons le même exercice. Nous visualisons des images et essayons de vous les retranscrire en y ajoutant un point de vue, une opinion. La passation entre représentation et présentation est constante. 


L’écriture vient de la vision qui s’imprègne dans notre esprit et forme une pensée. Ce processus mental est très bien mis en scène par Donzelli. Elle fait la différence entre un quotidien incertain et des sources d’inspiration puisées dans la vie réelle, utilisant la pellicule dans le second cas. 


Courtès tient aussi un message politique, ces “petits boulots” sont encadrés par une application appelée “Jobbing”. Celle-ci est basée sur des tarifications vues toujours plus au rabais. Il y a une forme d’enchérissement du travailleur. Enchérissement qui se répercute aussi dans le monde de la littérature. Paul Marquet (incarné par Bastien Bouillon) doit proposer toujours mieux à son éditrice pour plaire à toujours plus de lecteurs. 


Malgré une matière aussi fertile offerte par l’auteur original, la réalisatrice y voit ici l’occasion d’en faire un sujet parfois humoristique et qui se répète constamment, ce qui peut décrédibiliser son propos ainsi que les personnages qui entourent le protagoniste. 


Pour préciser, cet échec est dû principalement au jeu de ses acteurs. Des dialogues ultra-explicatifs, du type : “Papa, est-ce que tu peux me dire que t’es fier de moi ?”. Tout au long du métrage, on a l’impression de suivre une lecture entre acteurs, préparatoire au tournage. Rien n’est naturel, tout est lu. 

Bastien Bouillon indiquait avoir enregistré sa lecture du livre de Franck Courtès pour Gallimard, peut-être évoquait-il le film lui-même ? 


Autre déception, la construction et la structure liées de près au montage. Certaines scènes qui devraient être simples de compréhension semblent n’avoir aucune logique. D’autres scènes quant à elles, déchiffrables (très) facilement pour le spectateur, ne laissent place à aucune interprétation. 

D’une utilisation de la perspective artistique qui aurait pu être simplement belle, de par le vécu de l’auteur initial d’A pied d'œuvre mais aussi le travail d’écrivain,  Donzelli ne prête aucune attention au texte et se concentre sur l’action. 


George Bernard Shaw (critique musical et dramaturge) prononçait les mots suivants : “la lecture est un stratagème qui dispense de réfléchir”.

Bien que n’étant pas entièrement d’accord avec l’idée générale de son propos, je dois m’accorder avec lui pour décrire ce film. 


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