LE RÊVE AMÉRICAIN d'Anthony Marciano
- Zoé Grandcolas
- il y a 7 minutes
- 3 min de lecture

LE MOT : RÉSILIENCE
Je sors de la salle avec une drôle de pensée : et si, moi aussi, je devais arrêter mes études pour me lancer à corps perdu dans mon rêve ?
C’est exactement l’effet que provoque Le Rêve américain d’Anthony Marciano. Un film sur l’élan, l’espoir et la détermination, mais surtout sur cette idée simple : le destin n’existe pas vraiment, il se fabrique.
Le film raconte la rencontre de deux passionnés de basket qui n’ont qu’une obsession : la NBA. Deux hommes que tout oppose mais qui deviennent complémentaires. L’un est stratège, visionnaire, presque obsessionnel ; l’autre improvise, doute, suit plus qu’il ne dirige. Ensemble, ils forment pourtant une mécanique évidente.
Marciano choisit une mise en scène constamment en mouvement. La caméra ne se pose presque jamais, comme si les personnages n’avaient pas le droit de ralentir ni de se reposer. Il y a une urgence permanente : urgence de vivre, urgence de réussir. Leur trajectoire n’offre qu’une seule direction possible, et le film adopte ce rythme. On avance avec eux, parfois à l’aveugle.
Ce qui rend le duo aussi crédible tient aussi à leur manière très différente d’occuper l’écran. Raphaël Quenard joue tout en tension, toujours en mouvement, avec une parole rapide, presque précipitée, comme si ses idées allaient plus vite que lui. À l’inverse, Jean-Pascal Zadi installe quelque chose de plus posé : il écoute, observe, laisse exister les silences. L’un projette, l’autre absorbe. Et c’est précisément cet écart de rythme qui crée l’équilibre du film. Marciano ne cherche jamais à les uniformiser : il s’appuie sur leurs énergies opposées pour faire avancer le récit. Leur amitié naît moins de ce qu’ils se ressemblent que de ce qu’ils se complètent.
La surprise vient aussi du duo d’acteurs. Voir Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi dans des rôles plus sérieux fonctionne immédiatement. Leur alchimie est naturelle, presque organique. On croit instantanément à leur amitié. Elle semble déjà construite avant même le début du film, et c’est ce qui rend leur parcours crédible.
Ils apportent évidemment de l’humour, j’ai ri très souvent, mais jamais au détriment de l’émotion. Le film reste léger sans être superficiel, tout le temps accompagné d’une playlist entrainante.
Au fond, Le Rêve américain parle moins de réussite que de chemin. Ce n’est pas une success story abstraite : c’est leur réussite. Celle de deux hommes qui partent de rien, sans réseau, sans argent, sans même parler anglais, et qui décident malgré tout d’entrer dans l’un des cercles les plus fermés du sport mondial parce qu’ils y croient.
Le film insiste aussi sur l’entourage. La compagne de Bouna interprété par Zadi, qui le soutient financièrement et moralement, rappelle que les rêves ne se construisent jamais seul. L’amitié devient alors la véritable colonne vertébrale du récit : ils avancent parce qu’ils croient l’un en l’autre.
Une métaphore revient souvent : celle d’une pièce lancée en l’air — pile on continue, face on arrête. Mais très vite, le film rejette l’idée du hasard. Rien n’est laissé au destin. La pièce n’a pas le pouvoir de décider. Eux seuls l’ont.
Et puis le culot. Deux inconnus franchissent les portes de la NBA avec presque rien, pas de contacts, pas d’argent, un costume et beaucoup d’obstination. Le film rappelle que l’audace peut parfois remplacer les opportunités et motiver les troupes.
Touchant sans être naïf, dynamique sans être écrasant, Le Rêve américain fait du bien. Dans un monde et un moment où beaucoup de jeunes doutent de leur avenir, ce film nous rappelle que la réussite n’est pas réservée aux autres, mais elle exige une chose — s’en donner les moyens.
Et finalement, c’est peut-être ça la vraie idée du film : croire en soi, c’est bien.
Mais quelqu’un qui croit en vous, ça change tout.




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