SOUNDTRACK TO A COUP D'ETAT de Johan Grimonprez
- Adrien Fondecave
- 6 nov.
- 3 min de lecture

LE MOT : LIBERTÉ
Soundtrack to a Coup d'Etat est une vraie réussite. Le réalisateur belge Johan Grimonprez signe un film implacable sur les manœuvres criminelles et sanglantes des puissances occidentales au Congo depuis le milieu du 20e siècle, parmi lesquelles figure l'assassinat particulièrement cruel de Patrice Lumumba en 1961, Premier Ministre du Congo, voix de ses compatriotes et même de tout un continent.
Le sujet est tellement complexe que les 2h30 du film ne sont pas de trop pour bien comprendre ce qu'il s'est passé. Pour autant, Grimonprez aurait facilement pu retirer une demi-heure pour rendre son documentaire plus alerte et un peu moins éreintant. C'est qu'il a choisi de faire à la fois un zoom avant et un zoom arrière sur les quelques années qui ont précédé l'assassinat de Lumumba, en procédant à un examen complet des différentes forces en présence, sur un temps relativement court mais très chargé en événements de grande importance. Il y a tellement de matière qu'il aurait pu couper un peu dedans. Mais au moins on peut dire qu'il traite bien son sujet.
Il s'appuie sur un matériau très riche, allant directement aux sources des témoignages des protagonistes de cette période : hommes et femmes politiques, artistes et intellectuels, militaires et mercenaires, etc. Le tout à travers des documents écrits lus, des documents audio et filmés, comprenant beaucoup d'actualités de l'époque, pour nous immerger dans le monde d'alors, mais aussi pour restituer la pensée, la parole et les actes des différents acteurs et témoins de ce temps. La perfidie absolue des occidentaux et leur responsabilité sont sans équivoque possible... Surtout les États-Unis et les Belges, mais les Français, les Britanniques et les Allemands ne sont pas loin, tous complices de ces horreurs...
L'originalité de ce documentaire est qu'il est traversé du début à la fin d'une somptueuse bande son principalement jazz, avec également un certain nombre de chants africains. Le propos de Grimonprez est – entre autres – de montrer comment les grands artistes de jazz afro-américains ont été instrumentalisés malgré eux pour servir les intérêts des États-Unis et du bloc occidental. C'est un des axes principaux du film, qui est passionnant de bout en bout, grâce à cette tension et cette énergie musicales, tout en allant et venant entre les différents faits qui ont mené à la guerre au Congo et à la situation dramatique que connaît le pays aujourd'hui, à travers une trame dense d'événements très bien documentés, dans un style visuel presque pop, au graphisme et aux typographies soignés.
Mais le propos central du film va bien au-delà du jazz. Il s'agit de montrer comment le Congo, et par là le continent africain, ont durement lutté pour leur indépendance, face aux puissances occidentales coloniales résolues à garder leur emprise coûte que coûte sur ces pays. Le temps des colonies occidentales semble loin derrière nous aujourd’hui, en apparence du moins. A titre d’exemple, ce documentaire a été cofinancé entre autres par les télévisions publiques belge et française, signe que le temps est enfin venu de faire la lumière sur ces événements. Malheureusement, le Congo est encore aujourd’hui victime de l’avidité des puissances occidentales : une guerre y a lieu, avec des exactions d’une horreur sans nom tous les jours, ciblant notamment les populations civiles, les femmes et les enfants. La page du colonialisme n’est donc pas définitivement tournée, il a pris de nouvelles formes, plus insidieuses. Et à travers la consommation de produits fabriqués avec des ressources extraites du sol congolais (tels que nos smartphones), dans des conditions inhumaines, nous sommes à notre mesure en partie complices de ce qu’il se passe là-bas. Ne fermons pas les yeux.




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